Affichage des articles dont le libellé est vacances. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vacances. Afficher tous les articles

mardi 5 mars 2013

Just sit back, relax, and enjoy the ride


 Chers tous,

"Pas de nouvelles, bonnes nouvelles". C'est très certainement ce que vous avez dû vous dire en constatant que je n'ai pas actualisé ce blog depuis mon départ des États-Unis. Moi-même je suis assez fan de ce proverbe, surtout lorsqu'il s'agit de rassurer des amies qui attendent les résultats d'un examen, ou lorsque la semaine dernière je n'ai pas reçu mon ELLE dans la boîte-aux-lettres. (Turns out, je suis une innocente victime du mouvement de grève des messageries de la presse, welcome back to France!). Mais vous me voyez venir, et ceci ne sera pas un article sur le mode, "Ah c’était mieux là-bas !" (je bassine déjà assez mes proches en commençant une phrase sur deux par "Oui, mais les New Yorkais, eux au moins..."), ceci sera un article pour d'abord vous dire merci. Vos compliments et encouragements ici, et même là, m'ont beaucoup touchée et inspirée. Je n'ai pas l'intention de continuer à alimenter un blog sur la vie à New York maintenant que je n'y habite plus—c'est aussi simple que de ne plus sortir quotidiennement des dollars de son portefeuille, de ne pas marcher dans la neige déposée sur Manhattan par Nemo, ou de ne pas regarder les Oscars entre amis en direct à cause du décalage horaire—mais je ne lâche pas la plume (le clavier) et je vous tiendrai au courant...

Vous vous demandez sans doute comment je vis mon retour en France. Et bien, pour être franche, je n'imaginais pas pouvoir être concernée par le "choc culturel inversé". J'ai déjà vécu plusieurs fois aux États-Unis, j'y revivrai peut-être un jour, no big deal. Comme je vous l'ai déjà dit, je suis une bête à deux têtes. Pourtant, comme par hasard, à peine étais-je descendue de l'avion que tout le monde ne semblait que parler des problèmes de ré-acculturation (et ses variantes : la ré-intégration sociale, la ré-insertion professionnelle, la ré-acclimation en région tempérée océanique... le Français revenant de l’étranger souffre de nombreux maux). Moi je réfutais le terme d'impatrié défini par un journaliste du Monde, même si je me retrouvais dans l'excellent article de mon amie The Travelin' Girl. Lorsque, dans mon entourage plus ou moins proche, on me demandait, "Alors pas trop désespérée d’être rentrée ?" (quelle question!), je répondais avec un sourire indulgent, "Non pas du tout !" Moi la maline, je pensais pouvoir échapper aux effets indésirables liés à la fin de mon expatriation new yorkaise, comme j'avais cru pouvoir garder le contrôle lors de ma rupture avec mon ex-Américain préféré.

Ma première stratégie fut de gérer de façon obsessive–compulsive mon départ de New York. Cela m'a demandé beaucoup de temps et d'efforts, but I would not have it any other way. Je n'ai pas mono-maniaquement arpenté The Grid, même s'il fut un temps où, après mon premier emménagement dans le East Village, je pensais que ce serait une bonne idée, pour vraiment découvrir le quartier, que de parcourir de façon systématique chaque rue entre 4th Avenue et Avenue A, et entre Houston Street et 14th Street, soit environ très exactement 56 blocks. Yes, I know. Le jour même de mon licenciement, complètement hébétée mais fidèle à moi-même, j'ai fait une to do liste à deux entrées (selon l'ordre de priorité et par sujets thématiques). Yes, I know. Rien n'a été négligé. J'ai éteint la lumière, j'ai débranché le frigo, j'ai fermé la porte à clé, et j'ai vérifié que j'avais bien fermé la porte à clé... de ma vie à New York. 

Hélas, cette stratégie n'est pas infaillible, et il faudra quand même préciser que, dans ces tous derniers moments avant de partir, ceux qui restent à jamais gravés dans votre mémoire, je n'en menais pas large. Pour vous resituer la scène... Au premier plan, il y avait moi, frantic et trempée de sueur après avoir enfilé tous les vêtements qui n'avaient pas leur place dans l'une de mes quatre valises, après avoir passé rapidement l'aspirateur dans ma chambre par politesse pour sa future occupante, et après avoir tâché de descendre toute seule 100kg (donc) de bagages sur le trottoir. En arrière-plan on pouvait apercevoir mon colocataire, aussi akward qu'à son habitude, auquel j'ai dis au revoir non moins akwardment. Et, déboulant côté jardin just in time, ma new yorkaise préférée, réquisitionnée pour me tenir compagnie dans une SuperShuttle où, pendant tout le trajet jusqu’à l’aéroport, nous nous sommes raconté nos vies comme si nous étions seules au monde (et si vous connaissez le principe de la SuperShuttle, la salle était comble !).  

Au final, j’espère que les Américains me laisseront revenir parce que je me suis comportée comme une "déportée" modèle. Je n'ai même pas protesté lorsque j'ai réalisé que j'allais voyager en "Economy Premium", une upgrade très certainement due à mes quatre valises précédemment citées. J'ai d'abord eu un mouvement de panique en apercevant ce siège bien trop grand et confortable pour moi, convaincue de m’être trompée d'avion. Yes, I know. Une petite coupe de champagne a eu raison de mes appréhensions. Il ne me restait alors qu'une dernière chose à faire avant d'arriver en France, "just sit back, relax, and enjoy the ride".

Ma deuxième stratégie fut de me shooter à la compagnie de mes amis de New York. J’espérais sans doute ainsi qu'ils me manqueraient moins maintenant qu'un océan nous sépare. J’espérais. J'ai d'abord organisé deux brunch chez moi, à une semaine d'intervalle pour être sure que tout le monde soit disponible à l'une ou l’autre des dates. Ainsi, j'ai enfin pu sortir toutes les nappes que ma mère avait jugé indispensable de m'envoyer au fil des années ; j'ai préparé du café dans la French press abandonnée par ma colocataire précédente (French, elle aussi) ; j'ai servi de la brioche maison préparée pour le plaisir (et pour vider mes placards) ; je me suis assise parmi mes invités ; et je n'ai pas vu le temps passer. Deux fois ! 

Les occasions de se voir avant mon départ ont été heureusement bien plus nombreuses que cela, et toutes inoubliables : après-midi entre filles à la Doughnut Plant de Chelsea ; birthday party dans le Meatpacking district ; soirée pizza sur un rooftop de Midtown ; dégustation des célèbres pork buns de Momofuku dans le East Village ; fundraiser pour Obama dans le West Village ; ballade en roller à Prospect Park ; beer and sushi night avec vue sur la Hudson River ; soirée au Brooklyn Bowl  sans mettre une seule quille à terre ; Apéro blog dans le quartier de Bushwick ; French Geek night chez Bubbles à TriBeCa ; cours de cuisine coaché par un ami ; cours de body-pump coaché par une amie ; soirée Halloween sur le thème "orange" à Williamsburg avant Sandy ; bar éclairé aux chandelles dans la "dark zone" pendant Sandy ; potluck dinner près de Central Park pour débriefer après Sandy (pour ceux qui ne lisent pas ce blog, Sandy c'est une amie que j’espère ne plus jamais revoir !) ; Thanksgiving avec ma famille américaine... Il se reconnaîtront. Autant de moments exceptionnels et on-ne-peut-plus quotidiens de ma vie à New York. Alors j'ai fait de mon mieux pour en profiter sans penser au lendemain, à la YOLO comme disent les Parisiens (You Only Live Once). J'ai essayé de ne pas décompter les jours. J'ai oublié de prendre des photos. Je suis arrivée en avance pour fêter ma dernière soirée new yorkaise, paradoxalement encore plus heureuse que lors de ma première soirée dans la grosse pomme, presque 5 ans plus tôt. En 2008, il y avait moi, petite Française déposée en taxi sur Carmine Street avec seulement deux valises (!), déjà émerveillée par la ville, mais riche de beaucoup moins d'amis. I miss you guys.

Ma troisième stratégie fut de faire des choix. Accepter le fait que, si à Hollywood "you're only worth your last movie", à New York, "you're only worth your last meal". C'est-à-dire qu'il est tout simplement impossible de connaître la ville à fond, autant pour les touristes que pour les locaux. Il y a un turn-over constant, et presque effrayant, de nouveaux restaurants à tester, de nouvelles attractions à découvrir, de nouveaux paysages urbains à explorer. Même armés de votre bible TONY, de votre boussole iPhone, et guidés par les apôtres blogueurs (telle l’enthousiasmante Jeanne), vous n'atteindrez jamais le sacré Graal. Au mieux vous aurez réussi à trouver une table libre dans ce restaurant devenu une scene incontournable. Ainsi, le New Yorker est un être un peu delusional, porté jour après jour par une passion intacte à relever ce défi infini et irréalisable, celui de conquérir sa propre ville. Because, what else ? 

Mon temps étant devenu limité, il a donc fallu faire des choix. Je n'ai pas, telle une candidate survoltée de Fort Boyard, rempli de pièces d'or mon T-shirt, les mes poches de mon jean, ET ma culotte. Je n'ai pas essayé de faire tenir New York dans ma valise, pardon, dans mes quatre valises. Cela ne m'a pas empêchée de prendre du temps pour arpenter la ville en long, en large, et en upsate, (je vous recommande chaudement le musée de Beacon), le tout en bonne compagnie, (Clémentine, I'm looking at you). Mais avec un pincement au cœur car, avant même de quitter la grosse pomme, je me savais déjà hors-compétition.  

Lors de ma dernière journée complète avant de prendre l'avion, je me rappelle avoir simplement suivi mes envies, même celles qui n’étaient pas sur le menu, comme les pancakes lemon-ricotta-raspberry au Essex Street Market. J'ai ensuite commandé un mocha à emporter chez 88 Orchard ; j'ai fait un aller-retour sur le pont de Williamsburg pour admirer encore une fois la skyline de Manhattan ; je me suis retrouvée à traverser le plateau de tournage d'un film ou d'une série TV à Soho ; et j'ai finalement atterri à "All Good Things" (indeed!) juste pour le plaisir d'observer les gens autour de moi. Puis je suis rentrée, j'ai mis une robe, j'ai mis du rouge à lèvres, j'ai mis mes larmes en mode "démarrage différé", et je suis allée profiter de mes amis réunis dans un bar du East Village. Drink and be merry. 

Mon ultime stratégie fut, wait for it, wait for it, de faire en sorte d'avoir les ongles toujours manucurés jusqu’à mon départ. Voila, ça c'est dit.

Il est maintenant temps de faire le bilan de la méthode Marion en V.O pour éviter le choc culturel inversé. Comment s'est passé mon retour en France ? 

J'ai d’abord été frappée par la Noël-ite aiguë (si si, vous savez exactement de quoi je parle, de cette irrésistible envie de décorer l'arbre familial, de manger les meilleurs repas de l’année, et de regarder des DVD au coin du feu). Puis ces symptômes se sont estompés, 2013 est arrivé, mais le bonheur d'avoir retrouvé ma famille et mes amis en France est toujours intact. Et heureusement qu'ils sont là parce que pour le reste, c'est plus compliqué !

Je ne vais pas rentrer dans les détails. Je ne vais pas vous expliquer pourquoi la première chose que j'ai cuisiné en France sont des bagels maison. Je ne vais pas vous avouer que le seul bar que j'ai voulu essayer avec un réel enthousiasme à Paris sert de la Brooklyn Lager et se trouve à SoPi ("South Pigalle" dans la terminologie locale, empruntée de vous savez où). Je ne vais pas ajouter que c'est également dans ce coin de Paris que l'on trouve un pub nommé "Times Square" et que, ironiquement, sa clientèle de base n'est certainement pas constituée de touristes en goguette, contrairement au quartier de New York auquel il fait référence. Je ne vais pas vous dire que je ne trouve cela pas du tout réconfortant que le hall d’entrée du cabinet d'analyses médicales le plus près de chez moi soit décoré de posters géants représentant les rues de Manhattan et ses fameux yellow taxi cabs. Je ne vais pas préciser que cette prise de sang a été prescrite par mon nouveau médecin traitant convaincu que parce que je rentre de New York, j'ai forcément besoin d'un check-up (comme s'il n'y avait pas de docteurs compétents aux U.S) et aussi, allez savoir pourquoi, que je devrais vérifier par une radio si je n'ai pas une jambe plus courte que l'autre !!!

Je ne vais pas vous raconter comment l'obsession (le complexe d’infériorité ?) de Paris vis-à-vis de la grosse pomme s'est répandu comme une traînée de poudre pendant mon absence. Hello cheesecake devenu obligatoire sur la carte des desserts des bistrots traditionnels ! Hello magasin Forever 21 annoncé sur la rue de Rivoli ! Hello baristas barbus bientôt plus nombreux que les garçons de café ! Hello bars à ongles ! Hello nouveaux lieux bobo incontournables aux noms exotiques tels que le Coney Island Dinner, le Lefty, le Bones, le PNY, le Tuck Shop, le Glass, le Ten Belles, le Wanderlust. Et comble du comble : l'ouverture du café le "Garden Perk", qui se veut une réplique fidèle à celui de la série TV Friends. 

Tout cela ne m'aide pas vraiment à tourner la page sur mon mode de vie américain et cela crée pas mal de frustrations. Par exemple, étant une fan du brunch depuis la première heure, je suis a priori ravie que cette mode se soit installée à Paris, mais franchement, qui est l'idiot qui a décrété qu'il serait impossible de savourer cette simple combinaison d’œuf, de beurre, de lait, et de farine, le tout arrosé de café, pour moins de 25 euros, soit l’équivalent de 32,65 dollar par tête ? So I have become a conflicted French. J'essaye de transformer ma nouvelle vie en séjour d'immersion de longue durée à Paris, et puis je craque et m'engouffre dans un Starbucks, même si mon tall non-fat misto n'a plus le même goût. Cela va passer. Yes, I know. Je suis juste encore marquée par l’hématome du choc culturel inversé.

En attendant, je vous remercie d'avance mes chers tous, d'en être arrivés jusqu’au bout de ces lignes et de ce blog. Je veux finir cet article sur ces quelques réflexions philosophiques empruntées à une grande figure de l'optimiste et du renouveau à l'américaine. Il s'adressait ainsi récemment à ses proches :

"I want to thank them and I want to thank what they taught me, which is that you have to work harder than you think you possibly can. You can't hold grudges. It's hard but you can't hold grudges. And it doesn't matter how you get knocked down in life because that's going to happen. All that matters is you gotta get up." (Ben Affleck, Oscars 2013)

Et surtout, merci à ma chère grosse pomme, New York, la ville où j'ai appris à faire du vélo sans les petites roues.

Rétrospective "Just sit back, relax, and enjoy the ride" :
The Long Goodbye (Robert Altman, 1973) 
Coming Home (Hal Ashby, 1978) 
Airplane! (Jim Abrahams, David Zucker and Jerry Zucker, 1980)
Frantic (Roman Polanski, 1988)
Home Alone 2: Lost in New York (Chris Columbus, 1992) 
Happy End (Amos Kollek, 2003)  
All Good Things (Andrew Jarecki, 2010)

jeudi 19 avril 2012

Shit French Expats Say

Chers tous,

Pour les Français installés à New York, si le premier réflexe après avoir trouvé un appartement est de prendre l’habitude de faire ses courses chez Trader Joe’s, le second est souvent de se tourner vers la communauté des expatriés from France… Seuls eux pourront partager votre joie profonde, justement, d’avoir découvert un supermarché qui vend, entre autres merveilles, des "Bistro Biscuits" aussi bons que des spéculoos authentiques, et du vin rouge "basique" (qu’en bonne Française je n’utiliserais jamais autrement qu’en cuisine, hum-hum), pour moins de deux dollars chacun ! Les chiffres ne sont pas précisément connus, même si le consulat a fait une enquête encore récemment, mais d’après mes estimations hautement imprécises, nous sommes un bon paquet de Frenchies ici ! J’entends ma langue natale parlée constamment dans la rue ou le métro et, immédiatement, je cherche à distinguer s’il s’agit de touristes ou de "vrais" New Yorkais (s’ils ont à la main des paquets venant de chez Abercrombie and Fitch ou, au contraire, un sac en toile venant de chez Strand, normalement je sais à quoi m’en tenir !)

De façon générale, depuis mon installation à New York j’ai une relation ambiguë avec mes concitoyens "Français de l’étranger" (c’est ainsi que nous sont adressés les emails de campagne des candidats à la présidentielle). Pendant des années, clairement, je les ai évités (d'ailleurs quand j’ai fini par les rencontrer activement, ils étaient un peu surpris de ma réponse quand ils me demandaient si j’étais nouvelle ici.) Encore une fois, j’insiste que ceci est une grossière généralisation, mais j’avoue que j’avais (j’ai ?) des préjugés majeurs envers les V.I.E (participants au programme Volontariat International en Entreprises). Ils sont très nombreux à New York, et très bien rémunérés dans le monde de la finance. Ils évoluent dans une bulle, du Lower East Side à Williamsburg, en passant par l'incontournable, et imbuvable, Meat Packing District. Je les mets au défi de connaître le sens du mot obnoxious, un qualificatif qui sied pourtant à certains d'entre eux aussi bien qu’un petit polo Ralph Lauren. Moi jalouse ? Oui peut-être ! A l’autre extrême, je me voyais difficilement faire plus ample connaissance avec la catégorie fourre-tout des "femmes d’expat", car ayant un (voir deux !) travail à temps-plein, je ne pouvais tout simplement pas assister aux rencontres qui étaient organisées pour la plupart en semaine, en plein milieu de la journée... "Femme d’expat" ça sonne plus moderne que "femme au foyer à New York"... Moi jalouse ? Oui peut-être ! : )  

In any case, par principe je ne voulais pas m’enfermer dans le "ghetto" français et j’étais, et je suis toujours, fière d’avoir cultivé un entourage américain qui m’est très proche. Je n’ai pas pour autant été en manque de "French touch" puisque j’avais des amis de passage ou installés pour plusieurs mois à New York. Mes amis français/européens et américains se côtoyaient. J’avais trouvé mon équilibre. Et puis du temps a passé, certains sont rentrés, certains m’ont quittée, et Skype ne remplaçait décidément pas les sorties parisiennes avec mes BFFs, que j’organisais à la chaîne dès que je rentrais en France…

Il était devenu grand temps de me ré-acclimater à ma propre culture ! Afin de rencontrer de nouvelles têtes, j'ai même dû réapprendre mes propres us et coutumes et, en premier lieu, retrouver le réflexe de faire la bise et non pas de serrer la main à des presque-inconnus (j’exagère à peine) ! Sans doute parce que j’étais enfin "prête à replonger", j’ai eu la bonne surprise de me sentir accueillie à bras ouverts par la constellation des associations françaises de New York (et de me faire des amis que je vois maintenant en dehors de ce cadre). Je vais donc profiter de cet article pour faire passer un <bref message à caractère informatif>... aux fraîchement débarqués de France, aux curieux, ou aux fans de ce blog qui rêvent secrètement de me rencontrer : ) Accueil NY, Apéro Blog NYC, NY French Geek, annual Oscar French party (blague à part), et encore beaucoup d'autres... maintenant vous savez où me trouver, et aussi pourquoi j’ai de moins en moins le temps d'écrire sur ce blog ! De plus, pour ne rater aucun événement francophile de la Grosse Pomme vous pouvez désormais consulter le nouvel  agenda en ligne du consulat : My France in New York. </fin du bref message à caractère informatif>.

L’avantage de se retrouver entre Français à l’étranger, même si les parcours et origines de chacun sont différents, c’est la connexion instantanée qui se crée. S’il est vrai que les Américains sont au premier abord extremely friendly, il est difficile de développer des amitiés solides avec eux. (Cela demande un d’esprit d’ouverture réciproque et un peu de patience !) Au contraire, les Français ont la réputation d’être froids envers les "petits nouveaux", mais de progressivement construire des amitiés profondes et durables. Les Frenchies de New York combinent « the best of both worlds ». Surtout, je dirais que les angoisses liées au déracinement sont particulièrement propices au rapprochement. Un peu comme lorsque l'on se met à parler à ses voisins de rame de métro uniquement parce que le train est en rade ! L’expérience commune (les sueurs froides qui se font sentir dès que l'on se frotte au système de santé américain !), et les référents culturels partagés (pour nous, et même avec son Oscar, Jean Dujardin sera toujours Loulou !), transcendent les critères habituels de regroupement : l'origine géographique, la profession, la situation familiale, le milieu social... (les cours de sociologie me manquent un peu, on dirait !)

Nous formons donc un groupe assez hétéroclite. Pourtant, depuis que je fréquente régulièrement la communauté des Français de New York, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer certaines réflexions/remarques/commentaires récurrents. Certains m'horripilent, certains me font rire, certains me désespèrent, certains me rassurent. Quoi qu'il en soit, j'y suis hyper-sensible... peut-être parce que je vis un choc culturel franco-américain permanent. Prenons par exemple une journée-type "à la Marion" : je commence par une conversation  avec la France sur Skype, ou survole les news people, le tout accompagné d'un café au lait et de bran flakes avant de partir travailler ; je passe la journée en open space américain ; je prends mon goûter fait-maison on the go ; je m’arrête à la NY Public Library pour consulter un ouvrage en français ; je me dispute avec ma coloc californienne ; je me fais un pot avec des amis ("pot" employé ici dans le sens strictement non-américain du terme !) ; j'envoie un texto à ma new yorkaise préférée pour planifier notre prochain brunch ; je lis un ELLE périmé depuis belle lurette, mais ce n'est pas grave ; dodo ; repeat. La liste pourrait être encore plus longue (mais pour ça, allez plutôt voir celle de Travellin' Girl), et ce n'est pas le but de cet article... 

...Le but de cet article est de mettre un coup de projecteur sur ces expressions typiques qui sortent constamment de la bouche des Français à New York. Vous avez sans doute entendu parler du phénomène internet récent des vidéos « Shit [insert category of people] say ». Pour vous rafraîchir la mémoire, s'il en est besoin, consultez l’original, Shit Girls Say, mais aussi, Shit New Yorkers Say que j'avais déjà mentionné dans un post précédent, Shit Hipsters Say, et pour la V.F, Ce que disent les Parisiens. Ainsi, à défaut d’avoir pris une camera, je prends ma plume pour un best of de « Shit French Expats Say » ! Bien sûr, je ne censure pas mes propres citations (je vous laisse les retrouver dans la liste ci-dessous )... Enjoy!

[Scène 1. Intérieur. Jour. Trois Françaises dans la queue d'un supermarché new yorkais quelconque, absorbées par leur conversation animée, elles ne remarquent pas les clients qui s’impatientent autour d'elles.]

-Française#1 : Comment ça d'habitude tu ne fais pas tes courses chez Trader Joe’s ? Tu te rends pas compte, le rapport qualité-prix est imbattable ! 
-Française#2 : Pour moi, c'est simple, si Trader Joe’s n’existait pas, je ne pourrais pas vivre aux États-Unis.
-Française#3 : Vraiment ? Moi, ce qui me manque le plus ici c'est la pâte feuilletée prête-à-cuire, c'est pratiquement impossible d'en trouver dans cette ville !
-Française#1 : Et bien, justement, ils en vendent chez Trader Joe’s !
-Française#2 : Enfin, seulement pour les fêtes.
-Française#1 : Quand même, leur rayon surgelé est presque aussi bien que chez Picard !
-Française#3 : Ah, si seulement ils pouvaient distribuer du Nestlé dessert.
-Française#2 : L’autre jour, ils avait du camembert Le Rustique. A seulement 5 dollars !
-Française#1 : Par contre, t’as déjà touché leur baguette, trop molle non ?...

[Scène 2. Extérieur. Tombée de la nuit. Un groupe de Français en quête d'un restaurant.]

-Français#1 : Ça vous dit un resto, j’ai trop envie d’un burger !
-Français#2 : J’en ai déjà mangé un à midi mais on peut trouver autre chose. Il y a un endroit que je voulais absolument essayer dans le West Village. Attends je sors ma liste...
-Français#3 : Attends, je me connecte à Yelp.
-Français#4 : Attends, je regarde s'il a déjà été sélectionné comme resto de la semaine par Time Out New York.
-Français#5 : Attends, je vérifie s'il en parlent sur Serious Eats.
-Français#6 : Attends, je check le menu et les prix sur Menupages.
-Français#7 : Merde, ils ne prennent pas les réservations !

[Fondu enchaîné. Quelques minutes plus tard. A l’intérieur du restaurant choisi.] 

-Français#1 : Comment ça ils n'ont pas de pain ? Et c’est quoi cette portion minuscule ? On se croirait en France !
-Français#2 : Garçon, vous pouvez retirer les glaçons de mon verre d’eau s’il vous plaît !
-Français#3 : Garçon, vous pouvez baisser la musique s’il vous plaît !
-Français#4 : Garçon, vous pouvez baisser la clim' s’il vous plaît !
-Français#5 : Garçon, vous pouvez baisser le volume de la conversation des Américaines à la table d’à côté s’il vous plaît !
-Français#6 : Garçon, vous pouvez attendre avant de débarrasser, j’ai pas fini mon assiette !
-Français#7 : Garçon, vous pouvez attendre avant d’apporter l'addition, on ne l'a pas encore demandée !
-Français#1 : Bon, le service était vraiment moyen, on leur laisse que 15% ?
-Français#6 : Tu plaisantes j’espère ?
-Français#1 : C'est bon toi, t'es trop généreuse, tu tip comme une Américaine...

[Scène 3. Extérieur. Jour. Trois Françaises stylées se promènent dans les rues de New York.]

-Française#1 : J'en peux plus des touristes français qui font leur shopping sur Broadway !
-Française#2 : Moi j’évite ce coin maintenant. En plus, Urban Outfitter et Banana Republic c’est plus ce que c’était.
-Française#1 : T’as vu ils ont ouvert un Abercrombie and Fitch à Paris.
-Française#3 : Ça me fait penser... il faut absolument qu'on aille voir ce que ça donne Maje et Sandro sur Bleeker Street !
-Française#1 : Carrément ! Et on se fait Woodbury ce weekend ? Il me faut des nouvelles Ugg.
-Française#3 : Les Ugg c’est trop confort !
-Française#2 : Les Ugg c’est trop immonde ! Vous ne voulez pas plutôt aller faire le marché de la mode vintage ?
-Française#3 : Oh my God! Oh my God! Oh my God!
-Française#1 et 2 : Quoi ???
-Française#3 : Je viens de réaliser... mon prochain voyage en France tombe pendant les soldes d’été à Paris !!!

[Scène 4. Intérieur. Nuit. Dans un bar, lors d'une soirée organisée par une association française. Un dialogue de sourds entre une Française et un couple marié récemment expatrié à New York.]

-Française#1 : Bienvenue ! Vous êtes nouveaux à New York ? Quand est-ce que vous êtes arrivés ? 
-Française#2 : Ça fait un moment déjà, depuis... Novembre. Et toi ?
-Française#1 : Moi aussi ça fait un moment... bientôt quatre ans !
-Français#3 : Vous habitez où ?
-Française#1 : On peut se tutoyer... Ah, tu veux dire, moi et mon mari ? Je ne suis pas mariée, je suis venue à New York toute seule, pour travailler. J'habite dans le East Village. Et vous ?
-Française#2 : 72 et Broadway.
-Française#1 : Donc vous êtes voisins avec [couple de Français], [autre couple de Français] et [autre couple de Français] !
-Français#3 : Tu as un J1, un L ?
-Française#1 : H1B. Et toi ?
-Français#3 : E2.
-Française#2 : Moi j'ai une autorisation de travail rattachée à son visa.
-Française#1 : Alors vous travaillez dans quoi ?
-Française#2 : Mon mari a été transféré par [banque française] pour trois ans. Moi je ne pense pas travailler, en local il n'y a pas assez de congés payés.
-Française#1 : [No comment.]
-Français#3 : Et toi, tu vas rester combien de temps ici ?
-Française #1 : Je ne sais pas !

[Scène 5. Intérieur. Nuit. Dîner entre amis.] 

-Française #1 : C'est sympa la déco chez vous !
-Française #2 : Oui, on a tout fait envoyer de France par la boîte... mais il y a des trucs qu'on ne peut pas utiliser à cause des prises électriques américaines. 
-Française #1 : C'est joli cette lampe !
-Française #2 : Oui, celle-là elle vient d'une brocante à Brooklyn.
-Française #1 : Wow, tu crains pas les bed bugs toi... Et vous avez même une chambre d'amis !
-Française #2 : Oui, enfin, entre nous, je commence à fatiguer de faire la guide touristique pour les gens de passage. C'est pas l’hôtel ici !
-Française #1 : Tu savais que c’est plus cher de voyager de New York vers Paris que l’inverse ?
-Française #2 : Oui apparemment. Le billet de notre prochain séjour en France nous a coûté une petite fortune. Mais j'ai trop hâte, je vais enfin pouvoir aller chez le coiffeur !
-Française #1 : Tu me mettras un ELLE de côté ? 
-Française #2 : Sans faute. Avant je le recevais directement ici... pendant un temps la boîte faisait suivre notre courrier.
-Française #1 : Ça te manque pas ? J'adore New York Mag, mais le ELLE français c'est sacré pour moi !
-Française #2 : Je me suis habituée. Par contre, on ne rate jamais le Petit Journal en rediff' sur internet.
-Française #3 : Au fait les filles, vous auriez pas des films à me conseiller sur Netflix ? J'ai déjà fini tout Downton Abbey !
-Française #1 : Il y a cette comédie américaine pas mal au ciné en ce moment.
-Française #3 : Non je ne vais jamais au cinéma ici, sans les sous-titre en anglais ou en français, j'ai trop du mal à suivre. 
-Française #1 : Il faut que tu pratiques plus souvent !
-Française #3 : Je sais mais au boulot j'ai pas trop l'occasion et j'ai pas d'amis américains.
-Française #2 : Pareil pour moi.

[Scène 6. Intérieur. Jour. Salon de thé du West Village.]

-Française #1 : Les meufs, j'ai une grande nouvelle à vous annoncer !
-Française #2 : Vous allez pouvoir rester à New York six mois du plus, c'est ça ?
-Française #1 : Non, on rentre toujours l’année prochaine. 
-Française #2 : Tu as trouvé un travail, c'est ça ? 
-Française #1 : Non, je suis enceinte !
-Française #3 : Moi aussi !
-Française #4 : Moi aussi !
-Française #5 : Moi aussi !   
-Française #2 : Félicitations, mais... ça ne vous fait pas trop flipper vous d'aller chez le gynéco ici ?

[Fin de l'Acte 1.] 

Amicalement et approximativement-chronologiquement dédicacé à E.+R., A.+F., E., M.+J., M.+P., E.+R., M., L., Z., A., C.+J., E., A. ...

Rétrospective "Shit French Expats Say":
The Conversation (Francis Ford Coppola, 1974)
Nine Months (Chris Columbus, 1995) 
Babel (Alejandro González Iñárritu, 2006)

vendredi 9 décembre 2011

Christmas Pudding

Chers tous,

Pour ceux qui restent ici pour les fêtes, un Noël français à New York c’est possible ! (certes, moins authentique) :

-Si on cherche bien on trouve ici des calendriers de l’Avent (pour moi ce fut chez Barnes and Nobles)

-Pour les huitres, New York regorge d’Oyster Bars… se méfier quand même de la recette populaire aux Etats-Unis des fried oysters (« beignets d’huitres »).

-Merci Maman qui m’a envoyé tout un stock de foie gras en parfaite légalité ! Sachant que ce sera banni en Californie à partir de 2012, ils ont intérêt à se gaver là-bas cette année !

-La Boulangerie (comme son nom l’indique, une authentique boulangerie française) vient d’ouvrir dans le Queens. Elle vaut le détour rien que pour le sourire béat et l’accent à couper au couteau (à pain, haha !) du propriétaire qui ne doit pas encore en revenir du succès impressionnant de sa petite enseigne.

-Le super supermarché Trader Joe’s vend en édition limitée des truffes importées de France (mais vu la liste des ingrédients, je serais plutôt tentée de reproduire la recette de ma grande-tante Jacqueline).

-La pâtisserie Financier (encore un entrepreneur français qui marche fort à New York) a sorti ses Yule Logs annuelles ! Qui avait deviné que c’était la traduction de Bûches de Noël ? (Heureusement il y a la photo qui va avec !)

-Le vin chaud se trouve sur les marchés de Noël, il suffit de savoir commander un mulled wine. Et mon conseil serait d’éviter le cider américain. En règle générale, il s’agit simplement d’un jus de pomme amélioré (les plus malins y ajoutent un shot de bourbon pour le rehausser !)

-le MoMA présente la première américaine du Père Noël est une ordure (avec seulement presque 30 ans de retard !!!) : « The film is to French Christmas-time what It’s a Wonderful Life is for American audiences, and in terms of quotability it approaches Casablanca, in that every other French person seems to know the film by heart. »

Happy holidays to all! (Restons politquement correct!)

Rétrospective "Christmas Pudding": 
The Shop Around the Corner (Ernst Lubitsch, 1940)
Le père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982)
Home Alone (Chris Columbus, 1990) 
The Nightmare Before Christmas (Henry Selick, 1993)
Y'aura-t-il de la neige à Noël? (Sandrine Veysset, 1996)
Love Actually (Richard Curtis, 2003)
Un conte de Noël (Arnaud Desplechin, 2008)

vendredi 24 juin 2011

Starbucks and me

Chers tous,

L’autre jour j’ai commis une infidélité (mineure). Au lieu d’aller prendre mon café post-lunch au Starbucks en face de mon lieu de travail, j’ai voulu essayer un nouvel endroit plus éloigné, mais chaudement recommandé par ma bible, New York Magazine. Un café "à la Brooklyn", ouvert récemment par un couple de passionnés. D’habitude, je vais à ce Starbucks tous les jours où je travaille. Soit, si on fait le calcul (on enlève les weekends, congés, et jours fériés), plus de 200 fois par an ! Et bien, j’ai été déçue. Cela m’apprendra à faire un écart ! En effet, dans ce nouveau café, ils n’avaient pas de lait écrème, ni même de lait "normal" (en France appelé demi-écrémé, ici appelé 2%). Or pour moi le lait entier appartient à la même famille que la crème fraîche, le beurre, et les yaourts recette fermière, aliments qui me font horreur, sauf s’ils sont mélangés à plein d’autres ingrédients, et encore. Voilà pourquoi quand on me demande d’où je viens, je suis bien obligée de faire la distinction, « non je ne suis pas une vraie Bretonne… j’ai grandi en Bretagne ». Revenons-en à nos sirènes vertes ! Starbucks et moi c’est une « love/hate relationship »…

Notre première rencontre a eu lieu il y une dizaine d’année, à Seattle s’il vous plaît (ville où la chaîne est née, le café original est d’ailleurs toujours ouvert à Pike Place Market). Et aujourd’hui je vais chez Starbucks tous les jours de la semaine, mais JAMAIS le weekend, (sauf si je suis en quête de toilettes publics). Alors pourquoi est-ce que suis cette règle très particulière : semaine on/weekend off ?

La semaine, j’économise de l’argent en dégustant, la plupart du temps devant mon écran d’ordinateur (comme tous mes collègues, soupir), de délicieux déjeuners faits maison par mes soins. Ensuite je m’accorde un plaisir quotidien : je prends une pause air frais /coup de téléphone à mon Américain et je vais dépenser 2.50 dollars (seulement, 1.70 euros !!!) au Starbucks local où je commande un immuable « tall non-fat misto ». J’ai pris cette habitude parce que je sais que l’on prépare ma boisson à l’identique tous les jours. En conséquence, je n'ai jamais de mauvaises surprises, and I get a bang for my buck ! Ma commande est immanquablement à mon goût : 33 cl de réconfort caféiné, avec du lait écrémé donc, et bien chaud (je sais que je ne peux y tremper mes lèvres que 5-10 minutes après commande). Je ne prends pas de risques avec mon café parce que ce n’est pas qu’un café, justement ! C’est le boost in-dis-pen-sable de mon début d’après-midi, et la bouillote qui va réchauffer mon corps grelottant à cause de l’open-space climatisé à la limite de la torture (selon mon humble opinion). La semaine au bureau, j’ai besoin de structure, de repères, alors je biberonne mon misto pendant une petite heure, telle une enfant rassurée. Béate. D’ailleurs ce n’est sans doute pas un hasard si le logo de Starbucks, avant d’être réactualisé/censuré, était une sirène aux seins nus… il y a une côté allaitement régressif que les Américains ont adopté en masse avec leur café! La semaine, mon rituel ne passe pas inaperçu, quand je croise un de mes collègues dans les couloirs, il s’exclame systématiquement « Ah coffee time ! », et commente parfois sur ma ponctualité, « You’re kind of late today ». Car c’est ainsi, été comme hiver, vers 14-15h, les baristas de Starbucks m’accueillent comme une veille copine (et j’en ai vu du turnover parmi le staff !) Les anciens préparent automatiquement ma commande dès qu’ils me voient traverser la rue d’en face, et les nouveaux prennent vite le pli ! (J’exagère à peine : lorsqu'une fois je suis restée au téléphone et ai disparu de leur champ de vision, ils ont jeté mon misto avant de se rendre compte de leur erreur lorsque j’ai franchi la porte d’entrée du Starbucks pour de bon!) Je dois presque les mettre au courant si je pars en vacances en France, je ne voudrais pas qu’ils s’inquiètent ! Et by the way, à Paris aussi je consomme chez Starbucks.

C’est un comportement d’addict me direz-vous. Oui et non, car une fois la semaine au bureau terminée, je prends Starbucks en grippe et je n’y mettrais jamais au grand jamais les pieds ! En effet, le weekend sert à se déconnecter de la routine métro-boulot-dodo, à prendre du temps pour soi (un concept que les Américains ont du mal à intégrer parfois !). Pour moi cela signifie souvent explorer des recoins de New York que je connais moins bien, ou justement arpenter mes quartiers favoris. Le weekend mon emploi du temps n’est jamais réglé comme du papier à musique… je prends mon café où et quand ça me chante ! J’expérimente avec plaisir, quitte à être déçue. Mes cafés du weekend ne sont pas toujours aussi "parfaits" que mon tall non-fat misto quotidien, mais ils sont toujours surprenants : Café glacé ! Café aromatisé ! Café au lait bio ! Mocha ! Sélection commerce équitable ! Prix extravagant !

En fait, j’adore aller chez Starbucks la semaine et je déteste y aller le weekend pour les mêmes raisons qui font que l’enseigne verte divise les esprits. D’un côté, Starbucks se veut un lieu accueillant, familier, avec un décor cosy qui rappelle un petit café de quartier, et un staff qui se souvient de votre boisson préférée. De l’autre côté, Starbucks reste une chaîne qui peut s'assimiler facilement à du fast-food : certaines branches offrent de vous servir votre café en drive-in et, en dehors des grandes villes américaines (et européennes), Starbucks se trouve essentiellement sur les parkings des mini outdoor-malls de banlieue (pour vous donner une idée, c’est comme si vous alliez chez Starbucks entre une visite chez Darty et Buffalo Grill). 

Le paradoxe peut s’énoncer ainsi : Starbucks se vante d’être une chaîne à la fois omniprésente (à New York vous ne risquez pas de marcher plus de 10 minutes sans en trouver un), et "de qualité" (processus de sélection du café soi-disant artisanal, boisson customisée selon vos moindres désirs, le client n’est pas traité comme du bétail… on vous demande même votre petit nom !). Certains critiquent véhément la chaîne implantée absolument partout aux US, mais ils sont aussi probablement les premiers à se précipiter chez Starbucks à l’étranger, sinon impossible de trouver des lattes à leur goût ! La "comme à la maison" touch reste un atout majeur pour la chaîne. Combien de clients utilisent Starbucks comme une extension de leur salon, de leur nursery, ou de leur bureau ? On y vient pour se sentir entouré, pour se laisser bercer par la musique pointue mais néanmoins grand public, pour lire le New York Times à disposition, pour prendre le goûter des enfants sans complexes, ou, comme mon Américain, pour y travailler sur son ordinateur portable. Voilà aussi pourquoi Starbucks aura toujours une place à part à mes yeux... c’est là que nous nous sommes rencontrés !

D’autres bons souvenirs :

-Une de mes premières commandes dans un Starbucks de Seattle à l’âge de 16 ans : une boisson café-chocolat glacée (je ne me rappelle plus exactement de quoi il s’agissait). A l’époque j’étais capable de partir passer un été toute seule comme une grande aux États-Unis, mais je ne buvais pas encore de café pur !

-A Paris, avec mes amies anglophones et anglophiles… Le premier Starbucks s’apprête à ouvrir en France et, ne voulant surtout pas rater l’évènement, nous nous dirigeons gaiement à l’adresse indiquée sur internet, vers Opéra. Tout ce que nous découvrons sur les lieux ce sont les bureaux de la compagnie... encore un peu de patience les filles !

-Avec mon Américaine à Paris, lors de nos retrouvailles chez elle au milieu du Colorado. On fait une pause chez Starbucks et c’est comme si on était de nouveau dans le 6e arrondissement !

-Au Starbucks ouvert 24h sur 24h en période de révisions (!) sur le campus de l’université américaine où je passe mon année à l’étranger. Avant que nous soyons engouffrées dans le rush du premier semestre, Alex me prend en photo avec une tasse de leur collection à la main (je collectionnais leurs mugs jusqu'à ce que mes déménagements répétés me forcent à les laisser chez mes parents).

-A Seattle, lors des premières vacances de Noël que je passe loin de la France. Ma "famille" américaine m’accueille complètement lessivée après une période brutale d’examens et de papers à rendre sans faute. Un latte réchauffant à la main, je suis assise à l’arrière de leur voiture géante, nous sommes en route vers la maison des grands-parents sous la neige. Le holiday spirit m’envahit… d’un coup !

-A Paris, avec toutes celles avec qui j’y ai dépensé de nombreux tickets restaurant, et passé de longues heures à parler de tout et de rien… Elles se reconnaitront : )

-A Paris, avant d’aller en cours, je me sens particulièrement cool avec mon café Starbucks à emporter à la main, mais n’ose pas l’amener dans la petite salle de classe !

-A Lyon, une de mes villes d’adoption qui a enfin ouvert un Starbucks !

- A New York avec mon Américain, le plus souvent possible. Parfois je fais exception et vais chez Starbucks même si c’est le weekend. Pour lui faire plaisir.

Rétrospective "Starbucks and me": 
In Good Company (Paul Weitz, 2004)
Waitress (Adrienne Shelly, 2007) 
Milk (Gus Van Sant, 2008)