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dimanche 25 octobre 2015

Comme un poisson dans l'eau (nommé Wanda)


Chers tous,

Deux mois depuis mon déménagement à Londres. Deux semaines depuis mon emménagement dans mon nouvel appartement. Deuxième article depuis le retour de Marion en V.O... here we go!

Mes voyages précédents à Londres m'ont toujours laissé une impression favorable. Après dégustation de mon tout premier carrot cake je me suis dit : "je POURRAI vivre ici". Post-bac je me suis même inscrite à la Uni (comme on dit ici), mais j'ai suivi d'autres chemins qui m'ont donné l'opportunité de passer des mois, puis des années, aux Etats-Unis. Là-bas je ne pensais plus vraiment à Londres, j'étais tellement heureuse d'être à New York, ville où après dégustation de mon tout premier bagel je me suis, "je DOIS vivre ici".

Londres n'est donc pas une passion, une évidence, mais a toujours été dans le haut de mon classement personnel. Notamment car c'est un parfait compromis entre l'Europe et l'Amérique - je trouve. Et même si je ne voue pas la même obsession à la culture anglaise qu'à la culture américaine, je suis arrivée ici avec quelques bases. La preuve par l'exemple :

J'ai grandi avec les écrits de J.R.R. Tolkien, Enid Blyton, Roald Dahl, Agatha Christie, et David Lodge, dans cet ordre.

Dans ma famille, les long trajets sur l'autoroute des vacances étaient rythmés par la musique des Beatles (comme tout le monde, me direz-vous) et de Fat Boy Slim (moins comme tout le monde).

Pendant mon année de prépa, mon prof d'anglais a réussi à me convaincre que je devais absolument m'abonner au Guardian Weekly, dont acte.

J'ai vu les Stereophonics, Oasis, Coldplay, et les Artic Monkeys en concert. Mais, à mon grand regret, jamais les Spice Girls (tout espoir n'est pas perdu, mais ma réputation, si).

This Is England, Sweet Sixteen, Control, The Red Shoes, If... j'encourage la création cinématographique britannique, même s'ils ne sont pas les pro du happy ending.



Heureusement Mr Bean et les Monty Python m'ont toujours beaucoup fait rire.

Je suis fascinée par tous les films de Kate Winslet (enfin surtout ceux avec Leonardo DiCaprio, il faut bien l'avouer).

Mon premier food guru est Jamie Oliver. Et je maintiens qu'on mange mieux à Londres qu'à Paris (via Israël, merci monsieur Ottolenghi).

Mon parrain est anglais (et n'est donc pas dans la mafia), et j'ai deux cousines mariées avec des Anglais. Ces occurrences n'ont causé aucun problème, ni dans la branche française, ni dans la branche irlandaise de ma famille (même si le prêtre n'a pas pu s’empêcher de faire quelques blagues).

Je suis allée plusieurs fois à Jersey (ne pas confondre avec New Jersey qui n'a pas le même charme), rien que pour pouvoir renouveler ma garde robe chez Topshop, Next, Boxfresh... et rendre mes copines jalouses.

J'ai passé l'année de quatrième à manger des œufs-bacon chaque matin au petit déjeuner.

J'ai passé ma dernière année d'études à Lyon avec un colocataire anglais qui mangeait de la vegemite chaque matin au petit déjeuner (il se reconnaîtra).

J'étais presque autant excitée qu'Emilie (elle se reconnaîtra) quand Marks & Spencer a rouvert à Paris.

Des millions d'Anglais sont émus tous les ans le jour de l'anniversaire de ma mère (qui coïncide avec l'anniversaire de mariage de Will et Kate).

Ma série préférée du moment est Catastrophe. Je vais pouvoir regarder la deuxième saison avant tout le monde (comprendre avant les fans en France et aux USA) en direct sur Channel 4, et je me sens totalement privilégiée.

Je fais de la lemon curd maison, et je maîtrise aussi cet autre plat typique de la cuisine britannique, le curry.

Je vous ai déjà dit à quel point j'aimais la bière ?
...

Après avoir compilé cette liste, je comprends mieux pourquoi je me sens totalement comme un poisson dans l'eau à Londres (une autre explicitation possible : je suis née en mars, mais je ne crois pas à l'astrologie).

Malgré tout, j'ai encore beaucoup à apprendre (on en reparlera), perspective qui me motive tous les jours à garder les yeux et les ouïes grand ouverts, et à faire répéter la caissière de Tesco quand je ne comprends pas tout ce qu'elle dit (voir article précédent).

Et vous, qu'est ce qui vous connecte à Londres et au Royaume-Uni ? Je lirai assidûment vos commentaires sur ce post ou les réseaux sociaux :)



PS : J'ai oublié un fait marquant. Quand j'avais dix huit ans j'ai pris un Brittany Ferry toute seule et je me suis fait un compagnon de voyage, un Anglais qui m'avait sérieusement tapé dans l'œil. J'étais assez timide à l'époque, mais comme le trajet en bateau durait six heures, au bout de trois nous avons enfin échangé nos numéros de téléphones portables. Nous n'avons pas gardé le contact très longtemps mais, Mitchell Taylor (l'un des milliers à porter ce nom), si par hasard tu lis ce blog, je te dois un Coca-Cola.

Rétrospective "Comme un poisson dans l'eau (nommé Wanda)" :
A Fish Called Wanda (John Cleese et Charles Crichton, 1988)
Sweet Sixteen (Ken Loach, 2002)
Control (Anton Corbijn, 2007)
Catastrophe (série TV UK)

dimanche 4 novembre 2012

The Lucky Ones

 
Chers tous,

And dear Sandy, do you mind if I call you Sandy? After all, we're quite intimate now. 

D-1, Sunday. It all started quite anticlimactically. Or should I say anti-climate-ally? It was not love at first sight or, more appropriately in French, un coup de foudre! I knew you were coming, but I wasn't impressed. Your friend Irene had been quite a bust and I am a New Yorker now, I don't like to have my routine uprooted (by wind or otherwise). So the Sunday before your visit, I spent two hours rollerblading in Prospect Park with a friend. Living dangerously? Not really, it was open and full of locals, and I figured I could trust the New York City Department of Parks and Recreation. The golden autumn leaves that they had systematically pushed to the side of the tracks were swirling in the invigorating wind. My surroundings were beautiful and quite peaceful. When we heard the subways were closing at 7 pm, that's when I really started to panic... Who wants to be stuck in Park Slope of all places ? : ) (If you don't believe me, you can read Amy Sohn's Prospect Park West and Motherland...)


D-Day, Monday. I spent the day safe and sound in my apartment in the East Village. Didn't set a foot outside. Complained out loud that the latest issue of New York Magazine hadn't been delivered by the mailman that day. Kept checking regularly on civilization, a.k.a the deli and the pub across the street, that were still open. Interacted in an almost non-confrontational way with my roommate about people walking their dogs outside in the bad weather ("New Yorkers and their pets, seriously!"). I set camp in my cosy room (I call it my kingdom). It was bright and warm, and connected to the outside world (Facebook! Skype! Netflix!) until 8.30 pm... when the power went out.


I was so ready. At my disposal I had one rose-scented candle from a fancy store in Paris, and one non-rose-scented candle, also a gift. I had saved a box of matches from the Meatball Factory
even thought I don't smokesmart move! I had recently showered, and even washed my hair. The dishes were done. In the fridge, I had three bottles of beer and at least four liters of OJ leftover from a brunch I had hosted a few days before (oh, and yes, water). In my pantry, instant coffee, non-instant coffee, foie gras and crackers : ) A mink coat in case I got cold (long story). Anti-mosquito spray (why not?). My iPhone was fully charged. Contrary to when Irene hit, the laundromat across our building was closed so I didn't get a chance to do laundry that day. But five clean pairs of underwear should be more than enough, right? Most importantly, I had watched all two seasons of The Walking Dead on Netflix, so I had gathered a few tips on how to survive a blackout (with or without zombies hanging out in the woods). This is also a good time to mention how grateful I am to my parents who took us camping almost every summer with my brother when we were young.

I found my roommate frantic in his capharnaum of a room, holding a candle, looking for the flashlight I mentioned he should pull out five hours earlier. I decided to take charge and set up our new headquarters in the living-room. From the windows facing Second Avenue I could see that the rain and the wind were having a private party. The only source of light was from the police cars patrolling around my block to make sure no looting would happen. I couldn't even read a book because, although my roommate had lit a few more candles from his own stash, I am not Montesquieu. I usually don't feel like talking to my roommate... which maybe you can empathize with if I tell you that his stash of candles that I was just referring to dates back to when I got home after a long day at work and our apartment (but our apartment only!) had no power. He had "forgotten" to pay the electricity bill. For weeks and weeks, apparently. Con Edison restored our power after 12 hours and ever since then I had held a grudge. But this was going to be a long night, I had to talk to my roommate.


Other strange things happened:

-My iPhone was still working, magic, magic! 
-The New York Times had an online article that included the following quote: "The Oyster Creek Nuclear Power Station declared an alert, the second lowest on the four-step emergency scale established by the Nuclear Regulatory Commission". Reassuring, right?
-The New York Times also had an online article about "A fiery explosion at a 14th Street substation which left roughly 250,000 customers without power." So that's why!  
-Some ghostly figures were walking down the streets with flashlights. 
-We still had waterhot water even!running and gas. So I made pasta for myself but ate in the same room as my roommate, which I never ever do.
-People I didn't expect to hear from texted me. My best friend didn't text me back. 
-I stayed up longer than I regularly do when I have so many more options to entertain myself. 

At 2 am my phone indicated "no service", something that usually only happens when you are in the subway, underground. I went to bed to the lullaby of the police sirens. I had a dream that the power had been restored. 


Day 2, Tuesday. I woke up early and checked my bedside lamp and cellphone. Nothing and nothing. I woke up again later and made some coffee without using the microwave (yes, don't judge)... My roommate had been outside, far enough (one block to be precise) to bring back some fresh news, batteries and two flashlights. Mine, decorated with a leopard print, was going to allow me to get out of our apartment into the pitch dark hallway without fear of breaking a leg or being attacked. We were making some progress here. The biggest update was that Mayor Bloomberg was scheduled to speak at 11 am. Unfortunately, I had thrown out my almost properly functioning battery-powered radio a long time ago, but our neighbors, who I had never spoken to before, invited us to gather around a vintage boombox from the 1980s. 


Their apartment was like Ali Baba's cave. Even in full daylight, you could barely see anything, piles and piles of... gold (just kidding, books) were blocking the view from Second Avenue. Our host, a self-proclaimed recovered hippie, introduced us to his daughter, and his tenant (?), an Asian woman who probably is in a more complicated visa-situation than me. The walls of their apartment and my apartment touch, but this felt like a parallel universe in which my roommate saved the day (with some batteries), and my
neighbor kept calling him a genius. Weird, but friendly. Just like in a World War II movie, we sat around the radio, rapt. Bloomberg made his speech in English first, then to my surprise started to switch to Spanish (people of America, why don't learn the official language of your country?) ! Anyway, it was nice to hear from the outside world, basically, nothing to worry about on our end, at this point it was just the beginning of the waiting-game. Electricity fairy? Brothers Lumière? Flash Gordon? Power Rangers? When were you going to visit us again ? 

Now I wanted the outside world to hear from me, so this time I entered into a scene from a 1970s New York movie and made a call from a pay-phone. Luckily, there are still lots of them in the East Village (but much less drug addicts), so I didn't even have to venture very far (we were still not supposed to go outside). There was not even a line of people waiting, however, it took me a while to figure out how to connect with France (yes I know it's 33, but it's not that easy!). I think my Mom was more puzzled to get a call from an unknown U.S. number than to hear my voice! After that I felt invincible and ready to tackle this impossible task I had put on the back burner forever: go through my pile of unread Time Out New York magazines : ) My roommate was brave (or should I say foolish?) enough to go for a walk as the night was falling. He came back a long time after dark and I was never so happy to see him. Not because I was worried about him, but because, do you realize how boring it is to sit in the dark by yourself with nothing to do? After another candle-lit dinner with my roommate ("I think this is the beginning of a beautiful friendship"), I went to bed to the lullaby of the police sirens. I had a dream that the power had been restored.


Day 3, Wednesday. I woke up not so early and checked my bedside lamp and my cellphone. Nothing and nothing. I made some coffee without using the microwave... You know the drill. It was time for an adventure, or to put it less emphatically, to go out for a walk uptown! My roommate, you know, the genius, had thought of checking the Chrysler building on Monday night (you can see it from our windows when you bend). So we knew there was power at 42nd Street. And Mayor Bloomberg had confirmed that the dark zone extended from the tip of the island to 39th Street (we live near 4th).


The city was sunny! It was the most beautiful sight, and it was so nice to be able to stretch our legs. A few trees were blocking the sidewalks, but the real danger was crossing the streets with no green or red lights. The cars were driving slowly (relatively speaking for New York drivers) and had never been so courteous to us, pedestrians. As promised, at 40th Street exactly, civilization was waiting for us. Good old New York that never sleeps. People were gathered around power outlets like famished animals, which seemed really over the top because you could also get electricity onward north, at 41st, 42nd, 43rd, 44th Street... etc! Finally my phone was working and I could see who had been emailing me during Sandy... who my true friends were! (No pressure here.) The contact I had most emails from was... my gym: "We are still open". "We are planning on opening tomorrow and will keep you posted". Silence. "We are closed!". "We are still closed". "You are invited to visit our locations uptown at no extra cost!"

I also called a bunch of friends who live uptown because I was craving company, but nobody answered. Really? So I settled into a Wells Fargo bank where I could sit down in one of their puffy chairs and recharge my iPhone. A woman came to me: "Hi, do you need assistance? Me: "No." The Woman: "Are you a Wells Fargo customer?" Me: "No." The Woman: "OK!"... She probably had seen my invisible badge, the one that said "I live in the dark zone and you better be extra nice to me!" And I was wearing it proudly! Even though I really really really couldn't complain, Sandy had been nothing but a minor disturbance to my everyday life, stepping in this part of Manhattan where it was all like nothing had happened, made me bizarrely vindictive. The one email that really brushed me off was from my other roommate. She had been stranded somewhere outside of Sandy's path and was asking us "Do you have any sense of how soon things in the city will be getting back to normal?" Come on lady, why don't you read the newspaper! I felt like a Second Class passenger on the Titanic, interacting with the First Class people (especially, the Upper East and West siders) who had no clue what I was going through. 

Thankfully, one of my friend was there to prove me wrong. After we met for coffee on 83th Street, almost as far as I could walk (my gym was closed but I wasn't letting my guard down), and had dinner in Marseille (the restaurant), he decided it would be a fun thing to do to voluntarily cross the line at 40th Street with me and enter the other side of the force! So we hopped into a cab to meet some friends who had had the great idea of inviting us to try one of the candle-lit bars that were open in the East Village. The taxi ride in pitch dark downtown Manhattan was quite memorable I must say. The driver wanted to drop us off at 14th Street, which would have been fine on any regular day but with no traffic lights to monitor that major intersection, I corrected him with insistence: "Sir you're stopping on the South side of 14th Street, right? The South side!!!"... I was not going to cross one of the busiest street of the city with only my little leopard flashlight to rely on!

We found our party much more easily than I expected (quick reminder: we were back to no cell reception at all) and started to venture all together towards St Marks Place, following the lead of my friend's lamp: it was much brighter than mine and so heavy that it could double as a mace. Perfect! Some people were gathered around a generator, charging their phones. Some restaurants were attempting to serve food: "Our special tonight is pizza, we also have pizza, and how about some pizza?" Conclusion: you don't need electricity to use a firewood oven.

We settled at a bar that was packed with locals and ordered some really cold beer (probably the best use of the free dry ice that the authorities had been distributing around the neighborhood!). We debated the theory that in nine months there would be a baby boom. I debated the theory that there could also be a peak in divorce rates. After all, it was my married friends' idea to go out tonight! They were probably getting tired of their evenings en tête-à-tête... I know I couldn't stand to spend that much more time with my roommate, which is why I was so excited for the following day. I had been able to get in touch with my best friend and she had invited me to escape the city and spend some time in the suburbs at her parents' house, which had been miraculously untouched by Sandy (they have lots of trees out there, believe me). We walked home under the stars, we could actually see them for once! I went to bed to the lullaby of the police sirens. I had a dream that the power had been restored.

Day 4, Thursday. After a few unproductive hours at my apartment (spent, among other things, scraping the candle wax off of the plates we would probably have to use again before the electricity went back on), I was ready to leave the Second Class. With a spring in my step I made my way uptown once again. I called my friend as soon as I reached 40th Street and we agreed to meet when she would be done with work. Yes, some people had to work! One of my friends' boss was actually being so obnoxious about it that, even though there was still no subway service, he had run all the way from Brooklyn to Midtown Manhattan to prove to his employees that, really, they had no excuse to stay at home!  

I had a few hours to kill so, you guessed it right, I settled into another Wells Fargo bank! Then I went for an aimless walk which happened to bring me to the corner of the Upper East Side where Ladurée had opened a boutique. I swear it was a coincidence! I decided to buy a little selection for my friend and her family who were going to host me that night. Extraordinary weather conditions call for extraordinary sweet indulgences! I knew their macarons were shipped directly from Paris so I dared to ask the sales person how fresh these were, considering airports/ports had been shut down because of the superstorm. Immediately, a man with a French accent jumped in, exclaiming "These are stored at an extremely controlled temperature!". I was relieved to find out that climate change hadn't affected the distribution of luxury French goods in Manhattan...

Me and my friend took a packed train from Grand Central to the suburbs (for free!). Contrary to Manhattan post-Sandy, the city where her parents live wasn't divided into two zones, but into a multitude of pockets of lightness and darkness. So after we got picked up at the station, we proceeded to drive to their house with every other traffic light not working. I didn't even noticed at first, I was just so happy to be there. It felt like I had been finally spotted by the Titanic rescue team. I was one of the lucky ones... 

Retrospective "The Lucky Ones": 
Gone with the Wind (Victor Fleming, 1939)
Grease (Randal Kleiser, 1978)
Groundhog Day (Harold Ramis, 1993)
Twister (Jan de Bont, 1996)
Titanic (James Cameron, 1997)
Bring it On (Peyton Reed, 2000)
Cast Away (Robert Zemeckis, 2000)
Panic Room (David Fincher, 2002)
The Day After Tomorrow (Roland Emmerich, 2004)
127 Hours (Danny Boyle, 2010)

jeudi 19 avril 2012

Shit French Expats Say

Chers tous,

Pour les Français installés à New York, si le premier réflexe après avoir trouvé un appartement est de prendre l’habitude de faire ses courses chez Trader Joe’s, le second est souvent de se tourner vers la communauté des expatriés from France… Seuls eux pourront partager votre joie profonde, justement, d’avoir découvert un supermarché qui vend, entre autres merveilles, des "Bistro Biscuits" aussi bons que des spéculoos authentiques, et du vin rouge "basique" (qu’en bonne Française je n’utiliserais jamais autrement qu’en cuisine, hum-hum), pour moins de deux dollars chacun ! Les chiffres ne sont pas précisément connus, même si le consulat a fait une enquête encore récemment, mais d’après mes estimations hautement imprécises, nous sommes un bon paquet de Frenchies ici ! J’entends ma langue natale parlée constamment dans la rue ou le métro et, immédiatement, je cherche à distinguer s’il s’agit de touristes ou de "vrais" New Yorkais (s’ils ont à la main des paquets venant de chez Abercrombie and Fitch ou, au contraire, un sac en toile venant de chez Strand, normalement je sais à quoi m’en tenir !)

De façon générale, depuis mon installation à New York j’ai une relation ambiguë avec mes concitoyens "Français de l’étranger" (c’est ainsi que nous sont adressés les emails de campagne des candidats à la présidentielle). Pendant des années, clairement, je les ai évités (d'ailleurs quand j’ai fini par les rencontrer activement, ils étaient un peu surpris de ma réponse quand ils me demandaient si j’étais nouvelle ici.) Encore une fois, j’insiste que ceci est une grossière généralisation, mais j’avoue que j’avais (j’ai ?) des préjugés majeurs envers les V.I.E (participants au programme Volontariat International en Entreprises). Ils sont très nombreux à New York, et très bien rémunérés dans le monde de la finance. Ils évoluent dans une bulle, du Lower East Side à Williamsburg, en passant par l'incontournable, et imbuvable, Meat Packing District. Je les mets au défi de connaître le sens du mot obnoxious, un qualificatif qui sied pourtant à certains d'entre eux aussi bien qu’un petit polo Ralph Lauren. Moi jalouse ? Oui peut-être ! A l’autre extrême, je me voyais difficilement faire plus ample connaissance avec la catégorie fourre-tout des "femmes d’expat", car ayant un (voir deux !) travail à temps-plein, je ne pouvais tout simplement pas assister aux rencontres qui étaient organisées pour la plupart en semaine, en plein milieu de la journée... "Femme d’expat" ça sonne plus moderne que "femme au foyer à New York"... Moi jalouse ? Oui peut-être ! : )  

In any case, par principe je ne voulais pas m’enfermer dans le "ghetto" français et j’étais, et je suis toujours, fière d’avoir cultivé un entourage américain qui m’est très proche. Je n’ai pas pour autant été en manque de "French touch" puisque j’avais des amis de passage ou installés pour plusieurs mois à New York. Mes amis français/européens et américains se côtoyaient. J’avais trouvé mon équilibre. Et puis du temps a passé, certains sont rentrés, certains m’ont quittée, et Skype ne remplaçait décidément pas les sorties parisiennes avec mes BFFs, que j’organisais à la chaîne dès que je rentrais en France…

Il était devenu grand temps de me ré-acclimater à ma propre culture ! Afin de rencontrer de nouvelles têtes, j'ai même dû réapprendre mes propres us et coutumes et, en premier lieu, retrouver le réflexe de faire la bise et non pas de serrer la main à des presque-inconnus (j’exagère à peine) ! Sans doute parce que j’étais enfin "prête à replonger", j’ai eu la bonne surprise de me sentir accueillie à bras ouverts par la constellation des associations françaises de New York (et de me faire des amis que je vois maintenant en dehors de ce cadre). Je vais donc profiter de cet article pour faire passer un <bref message à caractère informatif>... aux fraîchement débarqués de France, aux curieux, ou aux fans de ce blog qui rêvent secrètement de me rencontrer : ) Accueil NY, Apéro Blog NYC, NY French Geek, annual Oscar French party (blague à part), et encore beaucoup d'autres... maintenant vous savez où me trouver, et aussi pourquoi j’ai de moins en moins le temps d'écrire sur ce blog ! De plus, pour ne rater aucun événement francophile de la Grosse Pomme vous pouvez désormais consulter le nouvel  agenda en ligne du consulat : My France in New York. </fin du bref message à caractère informatif>.

L’avantage de se retrouver entre Français à l’étranger, même si les parcours et origines de chacun sont différents, c’est la connexion instantanée qui se crée. S’il est vrai que les Américains sont au premier abord extremely friendly, il est difficile de développer des amitiés solides avec eux. (Cela demande un d’esprit d’ouverture réciproque et un peu de patience !) Au contraire, les Français ont la réputation d’être froids envers les "petits nouveaux", mais de progressivement construire des amitiés profondes et durables. Les Frenchies de New York combinent « the best of both worlds ». Surtout, je dirais que les angoisses liées au déracinement sont particulièrement propices au rapprochement. Un peu comme lorsque l'on se met à parler à ses voisins de rame de métro uniquement parce que le train est en rade ! L’expérience commune (les sueurs froides qui se font sentir dès que l'on se frotte au système de santé américain !), et les référents culturels partagés (pour nous, et même avec son Oscar, Jean Dujardin sera toujours Loulou !), transcendent les critères habituels de regroupement : l'origine géographique, la profession, la situation familiale, le milieu social... (les cours de sociologie me manquent un peu, on dirait !)

Nous formons donc un groupe assez hétéroclite. Pourtant, depuis que je fréquente régulièrement la communauté des Français de New York, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer certaines réflexions/remarques/commentaires récurrents. Certains m'horripilent, certains me font rire, certains me désespèrent, certains me rassurent. Quoi qu'il en soit, j'y suis hyper-sensible... peut-être parce que je vis un choc culturel franco-américain permanent. Prenons par exemple une journée-type "à la Marion" : je commence par une conversation  avec la France sur Skype, ou survole les news people, le tout accompagné d'un café au lait et de bran flakes avant de partir travailler ; je passe la journée en open space américain ; je prends mon goûter fait-maison on the go ; je m’arrête à la NY Public Library pour consulter un ouvrage en français ; je me dispute avec ma coloc californienne ; je me fais un pot avec des amis ("pot" employé ici dans le sens strictement non-américain du terme !) ; j'envoie un texto à ma new yorkaise préférée pour planifier notre prochain brunch ; je lis un ELLE périmé depuis belle lurette, mais ce n'est pas grave ; dodo ; repeat. La liste pourrait être encore plus longue (mais pour ça, allez plutôt voir celle de Travellin' Girl), et ce n'est pas le but de cet article... 

...Le but de cet article est de mettre un coup de projecteur sur ces expressions typiques qui sortent constamment de la bouche des Français à New York. Vous avez sans doute entendu parler du phénomène internet récent des vidéos « Shit [insert category of people] say ». Pour vous rafraîchir la mémoire, s'il en est besoin, consultez l’original, Shit Girls Say, mais aussi, Shit New Yorkers Say que j'avais déjà mentionné dans un post précédent, Shit Hipsters Say, et pour la V.F, Ce que disent les Parisiens. Ainsi, à défaut d’avoir pris une camera, je prends ma plume pour un best of de « Shit French Expats Say » ! Bien sûr, je ne censure pas mes propres citations (je vous laisse les retrouver dans la liste ci-dessous )... Enjoy!

[Scène 1. Intérieur. Jour. Trois Françaises dans la queue d'un supermarché new yorkais quelconque, absorbées par leur conversation animée, elles ne remarquent pas les clients qui s’impatientent autour d'elles.]

-Française#1 : Comment ça d'habitude tu ne fais pas tes courses chez Trader Joe’s ? Tu te rends pas compte, le rapport qualité-prix est imbattable ! 
-Française#2 : Pour moi, c'est simple, si Trader Joe’s n’existait pas, je ne pourrais pas vivre aux États-Unis.
-Française#3 : Vraiment ? Moi, ce qui me manque le plus ici c'est la pâte feuilletée prête-à-cuire, c'est pratiquement impossible d'en trouver dans cette ville !
-Française#1 : Et bien, justement, ils en vendent chez Trader Joe’s !
-Française#2 : Enfin, seulement pour les fêtes.
-Française#1 : Quand même, leur rayon surgelé est presque aussi bien que chez Picard !
-Française#3 : Ah, si seulement ils pouvaient distribuer du Nestlé dessert.
-Française#2 : L’autre jour, ils avait du camembert Le Rustique. A seulement 5 dollars !
-Française#1 : Par contre, t’as déjà touché leur baguette, trop molle non ?...

[Scène 2. Extérieur. Tombée de la nuit. Un groupe de Français en quête d'un restaurant.]

-Français#1 : Ça vous dit un resto, j’ai trop envie d’un burger !
-Français#2 : J’en ai déjà mangé un à midi mais on peut trouver autre chose. Il y a un endroit que je voulais absolument essayer dans le West Village. Attends je sors ma liste...
-Français#3 : Attends, je me connecte à Yelp.
-Français#4 : Attends, je regarde s'il a déjà été sélectionné comme resto de la semaine par Time Out New York.
-Français#5 : Attends, je vérifie s'il en parlent sur Serious Eats.
-Français#6 : Attends, je check le menu et les prix sur Menupages.
-Français#7 : Merde, ils ne prennent pas les réservations !

[Fondu enchaîné. Quelques minutes plus tard. A l’intérieur du restaurant choisi.] 

-Français#1 : Comment ça ils n'ont pas de pain ? Et c’est quoi cette portion minuscule ? On se croirait en France !
-Français#2 : Garçon, vous pouvez retirer les glaçons de mon verre d’eau s’il vous plaît !
-Français#3 : Garçon, vous pouvez baisser la musique s’il vous plaît !
-Français#4 : Garçon, vous pouvez baisser la clim' s’il vous plaît !
-Français#5 : Garçon, vous pouvez baisser le volume de la conversation des Américaines à la table d’à côté s’il vous plaît !
-Français#6 : Garçon, vous pouvez attendre avant de débarrasser, j’ai pas fini mon assiette !
-Français#7 : Garçon, vous pouvez attendre avant d’apporter l'addition, on ne l'a pas encore demandée !
-Français#1 : Bon, le service était vraiment moyen, on leur laisse que 15% ?
-Français#6 : Tu plaisantes j’espère ?
-Français#1 : C'est bon toi, t'es trop généreuse, tu tip comme une Américaine...

[Scène 3. Extérieur. Jour. Trois Françaises stylées se promènent dans les rues de New York.]

-Française#1 : J'en peux plus des touristes français qui font leur shopping sur Broadway !
-Française#2 : Moi j’évite ce coin maintenant. En plus, Urban Outfitter et Banana Republic c’est plus ce que c’était.
-Française#1 : T’as vu ils ont ouvert un Abercrombie and Fitch à Paris.
-Française#3 : Ça me fait penser... il faut absolument qu'on aille voir ce que ça donne Maje et Sandro sur Bleeker Street !
-Française#1 : Carrément ! Et on se fait Woodbury ce weekend ? Il me faut des nouvelles Ugg.
-Française#3 : Les Ugg c’est trop confort !
-Française#2 : Les Ugg c’est trop immonde ! Vous ne voulez pas plutôt aller faire le marché de la mode vintage ?
-Française#3 : Oh my God! Oh my God! Oh my God!
-Française#1 et 2 : Quoi ???
-Française#3 : Je viens de réaliser... mon prochain voyage en France tombe pendant les soldes d’été à Paris !!!

[Scène 4. Intérieur. Nuit. Dans un bar, lors d'une soirée organisée par une association française. Un dialogue de sourds entre une Française et un couple marié récemment expatrié à New York.]

-Française#1 : Bienvenue ! Vous êtes nouveaux à New York ? Quand est-ce que vous êtes arrivés ? 
-Française#2 : Ça fait un moment déjà, depuis... Novembre. Et toi ?
-Française#1 : Moi aussi ça fait un moment... bientôt quatre ans !
-Français#3 : Vous habitez où ?
-Française#1 : On peut se tutoyer... Ah, tu veux dire, moi et mon mari ? Je ne suis pas mariée, je suis venue à New York toute seule, pour travailler. J'habite dans le East Village. Et vous ?
-Française#2 : 72 et Broadway.
-Française#1 : Donc vous êtes voisins avec [couple de Français], [autre couple de Français] et [autre couple de Français] !
-Français#3 : Tu as un J1, un L ?
-Française#1 : H1B. Et toi ?
-Français#3 : E2.
-Française#2 : Moi j'ai une autorisation de travail rattachée à son visa.
-Française#1 : Alors vous travaillez dans quoi ?
-Française#2 : Mon mari a été transféré par [banque française] pour trois ans. Moi je ne pense pas travailler, en local il n'y a pas assez de congés payés.
-Française#1 : [No comment.]
-Français#3 : Et toi, tu vas rester combien de temps ici ?
-Française #1 : Je ne sais pas !

[Scène 5. Intérieur. Nuit. Dîner entre amis.] 

-Française #1 : C'est sympa la déco chez vous !
-Française #2 : Oui, on a tout fait envoyer de France par la boîte... mais il y a des trucs qu'on ne peut pas utiliser à cause des prises électriques américaines. 
-Française #1 : C'est joli cette lampe !
-Française #2 : Oui, celle-là elle vient d'une brocante à Brooklyn.
-Française #1 : Wow, tu crains pas les bed bugs toi... Et vous avez même une chambre d'amis !
-Française #2 : Oui, enfin, entre nous, je commence à fatiguer de faire la guide touristique pour les gens de passage. C'est pas l’hôtel ici !
-Française #1 : Tu savais que c’est plus cher de voyager de New York vers Paris que l’inverse ?
-Française #2 : Oui apparemment. Le billet de notre prochain séjour en France nous a coûté une petite fortune. Mais j'ai trop hâte, je vais enfin pouvoir aller chez le coiffeur !
-Française #1 : Tu me mettras un ELLE de côté
-Française #2 : Sans faute. Avant je le recevais directement ici... pendant un temps la boîte faisait suivre notre courrier.
-Française #1 : Ça te manque pas ? J'adore New York Mag, mais le ELLE français c'est sacré pour moi !
-Française #2 : Je me suis habituée. Par contre, on ne rate jamais le Petit Journal en rediff' sur internet.
-Française #3 : Au fait les filles, vous auriez pas des films à me conseiller sur Netflix ? J'ai déjà fini tout Downton Abbey !
-Française #1 : Il y a cette comédie américaine pas mal au ciné en ce moment.
-Française #3 : Non je ne vais jamais au cinéma ici, sans les sous-titre en anglais ou en français, j'ai trop du mal à suivre. 
-Française #1 : Il faut que tu pratiques plus souvent !
-Française #3 : Je sais mais au boulot j'ai pas trop l'occasion et j'ai pas d'amis américains.
-Française #2 : Pareil pour moi.

[Scène 6. Intérieur. Jour. Salon de thé du West Village.]

-Française #1 : Les meufs, j'ai une grande nouvelle à vous annoncer !
-Française #2 : Vous allez pouvoir rester à New York six mois du plus, c'est ça ?
-Française #1 : Non, on rentre toujours l’année prochaine
-Française #2 : Tu as trouvé un travail, c'est ça
-Française #1 : Non, je suis enceinte !
-Française #3 : Moi aussi !
-Française #4 : Moi aussi !
-Française #5 : Moi aussi !   
-Française #2 : Félicitations, mais... ça ne vous fait pas trop flipper vous d'aller chez le gynéco ici ?

[Fin de l'Acte 1.] 

Amicalement et approximativement-chronologiquement dédicacé à E.+R., A.+F., E., M.+J., M.+P., E.+R., M., L., Z., A., C.+J., E., A. ...

Rétrospective "Shit French Expats Say":
The Conversation (Francis Ford Coppola, 1974)
Nine Months (Chris Columbus, 1995) 
Babel (Alejandro González Iñárritu, 2006)

mardi 7 décembre 2010

Lobotomisation télévisuelle

 

Chers tous,

Pour commencer, un petit quiz... Compléter la phrase suivante: "Moi qui suis une passionnée de cinéma, le soir quand je finis ma journée de travail, la première chose que que je fais c'est:

a) utiliser le passe qui me fait bénéficier d'entrées gratuites dans la plupart des cinémas d'art et essai de la ville (de la Film Society du Lincoln Center à BAM, en passant par le MoMA)

b) utiliser l'abonnement à Netflix qui me permet non seulement de recevoir des DVD par courrier, mais aussi d'accéder à une quantité impressionnante de films en streaming sur mon ordinateur (de Ça Commence Aujourd'hui à Final Destination 3, en passant par Les Sentiers de la gloire... si vous suivez ma logique!)

c) utiliser les boutons de ma télécommande pour entrer dans l'univers fascinant des programmes de télé américains (de la chaine 1 à la chaine 1994, sans passer par HBO, nous n'avons que le câble basique!)"

Alors de temps en temps, le petit a) est la bonne réponse. Entendre Jerry Schatzberg parler, après la projection de l'unique copie existante son premier film, Puzzle of a Downfall Child, de son travail de photographe et de réalisateur, et de s'excuser que son amie Faye Dunaway n'est pas pu passer à la dernière minute, c'est l'un des privilèges cinéphiliques réservés aux New Yorkais qui mérite de braver le froid de l'hiver!

Malheureusement, et je ne suis pas fière de l'avouer, la facilité me fait souvent céder à la tentation du petit c). Le paysage audiovisuel de ce côté-ci de l'Atlantique est fascinant, car très différent de tout ce que vous pouvez imaginer... Même si le monde entier est envahi de retransmission d'émissions américaines diverses et variées, en version originale ou doublées, rien ne vous prépare à la frustration éprouvée face au saucissonage de la grille télé aux US.

Considérons un film hollywoodien classique de 1H45 minutes. En France (et de mon temps!) il aurait été diffusé de 20H45 à 22H30 le dimanche soir sur TF1, avec une coupure pub au milieu pour aller faire pipi. Ici, pour les besoins des annonceurs, on fait toujours démarrer le film à une heure "ronde" afin de fidéliser une audience (par exemple, 19H ou 22H30); on interrompt l'action pour la "réclame" toutes les 15 minutes (plus souvent s'il s'agit d'une série); on saupoudre plus ou moins généreusement de spots publicitaires selon le nombre de téléspectateurs supposés présents devant leur poste; et on remplit successivement des boites de 30 minutes car un film se termine toujours, comme il a commencé, à une heure "ronde"... Ainsi un long-métrage de 1H45 minutes qui commencerait à 21H (grosso modo comme en France) se terminerait ici à... 23H30!

Voilà pour la forme. Pour le fond, je vais prendre l'exemple d'une émission de télé-réalité très populaire aux US et chère à mon cerveau quand il a besoin d'un débranchage express. Ça se passe sur MTV et ça s'appelle "Sixteen and Pregnant" ("16 ans et enceinte"). Si le titre parait limpide, il est important de noter qu'il n'est pas complètement exact, parfois les jeunes filles ont 17, voire même, oulah, 18 ans! En général elles sont encore lycéennes, et pratiquement toujours originaires du Midwest ou du Sud profond, régions des États-Unis où l'on pense encore que la pilule peut se prendre 1 fois sur 2 sans conséquences, et où l'avortement, semble-t-il,  n'existe pas. Depuis New York, et pour une Française, c'est un peu comme regarder un documentaire de la chaine National Geographic!

La série se veut à vocation éducative (avant la conclusion de chaque épisode, un écran sponsorisé par MTV nous rappelle que les grossesses adolescentes sont "100% évitables"), mais esquive totalement l'option de l'IVG (sans doute car le débat  fait toujours rage dans certains états américains). Moi, je me disais que, si on n'en parlait jamais, c'était tout simplement parce qu'à chaque fois je prenais la série en cours, et ratais le début de l'épisode au cours duquel la possibilité d'un avortement était surement mentionnée. J'avais tord!

Les épisodes commencent tous de la même façon, avec la voix-off de l'héroïne récitant: "Je m'appelle Amber/Aubrey/Nikkole...; j'ai 16 ans/16 ans et demi/17 ans...; j'aime participer aux entrainements de chearleaders/ faire du shopping avec mes amies/ aller à la chasse (de plus en plus glamour ça, merci Sarah Palin)...; j'ai un petit copain (gros plan sur un ado boutonneux) depuis 2 semaines/ 6 mois/ 1 an et demi...; je rêve de devenir infirmière/infirmière/infirmière...; mais tout ça est sur le point de changer car... I'm sixteen and I'm pregnant!"

Ensuite MTV se propose de donner une vision réaliste des difficultés qui attendent l'adolescente, le tout en 45 minutes chrono (avec, bien sûr, 5 coupures pub!): dispute puis réconciliation avec les parents, interruption du parcours scolaire et surtout social des années lycées, rupture avec le désormais fiancé qui n'est pas assez mature, problèmes d'argent et de logement etc. Le plus scotchant c'est qu'au milieu de chaque épisode, on assiste à l'accouchement et, grâce aux caméras, c'est presque comme si on y était! D'ailleurs, je ne peux pas m'empêcher de baisser le son si mes colocs sont dans les parages, c'est gênant! La série est diffusée tous les jours alors imaginez le nombre d'eaux perdues, de contractions, de gémissements, de pleurs, de "push!", et puis de sourires timides des nouvelles mamans (d'ailleurs elles trouvent toujours le moyen de donner des noms limite ridicules à leur nouveaux-nés, par exemple le célèbre Bentley, oui, comme la voiture!).

La série marche fort, et elle-même a fait des bébés: "Teen Mom" et "Baby High" (encore une fois, tout est dans le titre!) Et des rumeurs circulent sur internet selon lesquelles certaines fans feraient exprès de tomber enceinte pour pouvoir participer au casting! Quand à moi, je suis proche de l'over-dose, mais j'ai du mal à me sevrer de ce guilty pleasure!... Mon excuse c'est que je fais des recherches pour mon blog:) Alors évidement on ne doit pas généraliser, mais quand on considère la télévision américaine dans la forme et dans le fond comme je viens de le faire ici, passer du temps devant, même si cela semble reposant, c'est plutôt lobotomisant.

Alors pour sauver vos neurones sans vous priver de ces moments de détente et d'exploration de la culture américaine low-brow, je vous propose un petit guide de bon visionnage télévisuel. Par exemple pour un épisode d'une autre série de télé-réalité qui fait fureur aux US: "Keeping Up with the Kardashians"

-Générique: on ne s'installe pas trop confortablement dans le canapé du salon.

-Coupure pub #1: on supporte la première coupure jusqu'à ce que soit diffusé un de ces spots pour un médicament, ils commencent toujours avec des gens qui ont l'air triste, puis qui sourient pendant que la liste complète des effets secondaires terrorisants du produits sont énumérés, et le supplice se termine enfin sur l'injonction de parler de ce traitement à votre médecin car, si vous obtenez une ordonnance, sa première prise est gratuite. C'est à ce moment là je m'échappe dans la cuisine pour commencer à préparer mon diner.

-Première partie de l'épisode: les soeurs KKK Kardashians (Kim, Kourtney et Khloe) pensent que leur mère qui a eu 6 enfants, maintenant qu'elle ne peut plus tomber enceinte, a besoin de pouponner malgré tout. Elles lui "louent" un chimpanzé pour une semaine. Je mange mon dîner, perplexe.

-Coupure pub #2 : je saute du canapé, pas de temps à perdre, je vais faire la vaisselle, ranger mon linge sec, me brosser les dents. Je me rassois au moment de la pub pour les infos! "Ce soir ne ratez pas le journal de 22h et vous saurez tout sur les dernières déclarations du Président Obama". Je bois ma tisane, perplexe.

-Seconde partie de l'épisode: le copain de Kourtney la trompe, mais on n'est pas sûr, Khloe veut lui casser la gueule, mais accepte de prendre des cours de self-control à la place. Kim sort avec un joueur de football américain. Je me dis que devrais lire le New York Times plus souvent.

-Coupure pub numéro#3: je refais la peinture dans l'entrée et les carreaux de la salle de bain.

-Dernière partie de l'épisode: Kourtney accuse son copain d'être un alcoolique. Khloe assume ses rondeurs. Kim sort avec un autre joueur de football américain. Je pense qu'il est temps d'aller me coucher.

-Coupure de pub avant le prochain épisode: merde je suis coincée... je viens de me refaire les ongles de pieds et ils ne sont pas encore secs.

Rétrospective "Lobotomisation télévisuelle"
The Truman Show (Peter Weir, 1998)
Six Feet Under (TV series, Alan Ball, 2001-2005)
Breaking Bad (TV series, Vince Giligan, 2008-)