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mercredi 22 août 2012

Vanity Fair


 
Crédit: Eater NY

Chers tous,

Cet été j’ai passé un peu de temps en Bretagne chez mes parents. J’étais vraiment impatiente de me déconnecter de la frénésie new yorkaise même si le contraste métropole internationale/village balnéaire a été presqu’aussi saisissant que mon premier bain de la saison dans la Manche (température à 16 degrés selon mes estimations un tantinet moins précises que la météo marine). Marion en V.F. ça donne donc : « Oh on peut voir les étoiles dans le ciel ! Mais comment ça la librairie est fermée entre midi et deux ?! C’est normal que je puisse entendre le silence quand je lis ELLE le soir avant de m’endormir ? Depuis quand un cappuccino se sert en mettant de la chantilly dans un expresso ? »... J’ai passé un séjour fantastique, et bien rempli parce que sur ma liste il y avait des choses TRES importantes à faire avant de quitter la Bretagne (par exemple : prendre un long bain chaud avec des bulles, à New York, en colocation, ça s’y prête moins, voyez-vous), mais je dois dire qu’il y a quand même quelque chose qui m’a manqué : to see and to be seen

Ma première journée complète au pays du sarrasin était un dimanche, alors autant vous dire que les rues étaient désertes, sans oublier les sentiers des douaniers car il faisait un temps de chien (à ma grande surprise… une amnésie sélective m’ayant conditionnée à me souvenir de la Bretagne en Juillet comme d’un microclimat paradisiaque). Moi qui avais apporté une sélection de fringues "soirée cocktail sur un rooftop",  je suis vite passée en mode triple P (pull/polaire/pantalon), et j’ai alterné entre les deux slims qui avaient fait le voyage avec moi pour les urgences du style je-n’ai-pas-eu-le-temps-de-m’épiler/de-mettre-de-l’autobronzant. Le jean noir c’était pour les occasions spéciales (déjeuner à la crêperie, soldes à la grande ville: Morlaix, soirée visionnage des derniers épisodes de la saison 2 de Downton Abbey); tandis que le jean pastel c’était pour les occasions "estivales" (marche sur la plage en K-way, pot en terrasse chauffée, sortie en bateau à moteur). Telle Kate Middleton, je n’ai eu aucun complexe à "recycler" mes tenues, puisque de toute façon je n’allais tomber sur personne de familier avec le concept du fashion faux-pas, ou alors justement trop familier avec ce concept ! Et contrairement à Paris où je me suis retrouvée nez-à-nez avec SJP, ma compatriote new yorkaise en goguette, en Bretagne je ne risquais que de tomber sur SJP (Soizig-Janick Pezron). Et c’est bien ça le problème : faire de la confiture d’abricot un après-midi tranquille à la maison sans déclencher une alarme incendie c’est le pied, mais le people watching c’est le Louboutin pied !

Depuis mon retour, je m’y suis remise assidûment : je matte sans vergogne les passants dans les rues de Manhattan que je sillonne avec mes espadrilles qui ne sont PAS des Tom’s (il faut bien se démarquer ici) ; je ne sors plus sans rouge à lèvres, y compris pour faire mes courses chez Trader Joe’s ; et surtout, je suis allée dîner chez Rosemary’s. Comment ça vous ne connaissez pas Rosemary’s ? C’est pourtant l’endroit idéal pour débriefer en toute non-intimité avec sa meilleure amie qui vient d’avoir The Talk avec son chéri. Avec un peu de chance, tout le monde autour de vous sera au courant ! Rosemary’s (noter le nom à la fois familier et accrocheur), c’est ce qu’on appelle dans le jargon local a scene. Soit un restaurant très bien fréquenté, presque TROP bien fréquenté. 

C’est un phénomène typique dans le monde des restos/bars/brunch spots de New York : cela concerne un endroit qui a ouvert il y a un moment déjà (Momofuku Noodle Bar), une institution qui fait un come-back (La Grenouille), ou idéalement un newcomer qui a un succès instantané et voit ainsi son avenir assuré au moins pour les prochains mois de loyers faramineux à payer downtown Manhattan (Miss Lily’s Favourite Cake date de la saison dernière, mais continue à faire un carton). Certains chefs tueraient un cochon à mains nues (et le cuisineraient au barbecue) pour que leur resto devienne a scene, alors que pour d’autres, et pour leurs clients, c’est une malédiction in disguise, ou comment transformer un bon resto de quartier en foire à beautiful people.

Pour ceux qui rêvent d'en arriver-là, il n’y a pas de recette miracle, mais on retrouve une combinaison d’ingrédients qui, savamment dosés, peuvent créer a scene :
1) un menu séduisant
2) une cuisine qui se veut tendance, généreuse et/ou locavore
3) si possible un celebrity chef aux commandes
4) un emplacement stratégique
5) une déco belle et bien pensée

Ce qui donne pour Rosemary’s :
1) un menu qui favorise le mix-and-match, et des prix pour toutes les bourses
2) une cuisine italienne, composée de produits qui poussent sur le potager situé sur le toit du bâtiment (!) ou faits-maison
3) une star des fourneaux : « Chef Wade Moises came through the Batali circuit, first at Babbo and Lupa, then as the chef de cuisine at Eataly—overseeing all six kitchens in that crazy establishment” Source: Serious Eats
4) une adresse tranquille du West Village mais proche du métro: 18 Greenwich Avenue
5) une déco que je ne peux définir que comme "romantico-hipster-farmer-chic"

Cette combinaison est proche de la perfection et, malheureusement, je ne suis pas la seule à le penser. A 7 heures un jeudi soir le restaurant est déjà plein de happy few tandis que pour le commun des mortels, il y a plus d’une heure de queue. A tel point que le host de Rosemary's a inventé ses propres règles : il faut que tous les invités soient présents, pas seulement pour pouvoir se mettre à table, mais aussi simplement pour pouvoir figurer sur la liste d’attente !

Une bière a la spina plus tard (je ne crois pas qu'ils servent la boisson culte de mes vacances post-Bretagne, pourtant de plus en plus populaire à New York: le spritz d'Italie), notre réluctance initiale à jouer le jeu de la scene s'est transformée en impatience surexcitée, et nous sommes plus que prêtes à vivre ce repas qui sera forcement digne de figurer dans les annales (de la blogosphère). Nous étudions avec attention les plats qui sortent de la cuisine juste devant nous, et passons ainsi notre commande à la seconde on l’on obtient une table, soit un bon 1h20 plus tard. En attendant, le people watching m'occupe intensément. Chez Rosemary, le mélange des genres est fascinant. 

Les New Yorkais sont en compétition permanente (les jeux olympiques ce n'est rien à côté, croyez-moi)--selon le milieu dans lequel vous évoluez, il faut être le plus fort à ceci, la meilleure en cela--mais à Rosemary's, même si nous étions tous en compétition pour avoir une table le plus rapidement possible, la plupart des clients était aussi là pour se montrer et établir leur "pedigree" dans des domaines qui habituellement ne se côtoient pas de façon si fluide.

Dans mon champ de vision j’observe toute une palette de spécimens :

Celui qui veut montrer qu’il est le plus riche : le finance guy en costard qui sort du boulot et commande avec ses collègues bouteille de vin sur bouteille de vin (à seulement $40 la pièce, ils ont dû y passer la nuit).

Celui qui veut montrer qu'il est le plus high brow : « Ce soir nous fêtons le contrat de mon chéri qui vient d’être commissionné pour écrire un livre sur Terence Davies ! »

Celle qui veut montrer qu’elle est la plus entretenue : elle ne cesse de nous éblouir avec sa grosse grosse grosse bague de fiançailles, et boucles d’oreilles assorties. Le fiancé, quand à lui, a sorti ses boutons de manchette les plus clinquants, petit joueur.

Celui qui veut montrer qu’il est le plus hipster : casquette de cycliste retournée sur la tête, bermuda en jean découpé aux genoux, débardeur wife beater, tatouage à gogo, no comment.

Celle qui veut montrer qu’elle est la plus maternelle : emmener ses bambins au restaurant un soir de semaine, pourquoi pas? Mais n’est-ce pas plutôt une façon de prouver sa pratique exemplaire de l'attenchement parenting, un type d’éducation très en vogue de Tribeca jusqu'à Park Slope ? (Of course, le concept n’a pas de page Wikipedia en Français).

Celui qui veut montrer qu’il est le plus preppy : blazer, chemise rose, mèche de cheveu, mocassins… seule faute de goût, à défaut de trouver de la place au bar bondé, monsieur reste planté debout avec, main droite, son verre de vin entamé et, main gauche, sa bouteille de vin entamée !

Celle qui veut montrer qu’elle a tous les droits : l’Américaine qui demande au patron de déloger les fumeurs du trottoir parce qu’ils ne sont pas aussi loin du bâtiment que le voudrait la distance règlementaire !

Celle qui veut montrer qu’elle est la plus cosmopolite : après l’intervention de l’Américaine assise à la table voisine, je lui lance un regard incrédule. Moi non plus je n’aime pas être envahie par les fumeurs, mais si elle avait été assise en leur tournant le dos, elle n’aurait même pas senti qu’ils étaient-là (le vent devait souffler en leur faveur…).

Ma contemplation est brièvement interrompue quand on nous demande gentiment de changer de table... « parce que la demoiselle au bar qui vient de s’évanouir on va lui donner une place assise avec ses amies tout de suite »… (une bonne combine, à retenir pour la prochaine fois!). 

Certes, les clients de Rosemary’s sont insupportables, mais, à défaut d’être aussi "spécial" qu'eux, le patron vous ferra VOUS vous sentir spéciale: les deux verres de vin et le dessert offerts par la maison n'y sont sans doute pas pour rien (raisons listées sur notre tiquet de caisse : "long wait", "best guests"). Alors Rosemary's, ce n’est pas du Shakespeare, but what a scene !

Rétrospective "Vanity Fair" :
City Lights (Charlie Chaplin, 1931)
Rosemary's Baby (Roman Polanski, 1968) 
Alice's Restaurant (Arthur Penn, 1969)  
Vanity Fair (Mira Nair, 2004)
Food, Inc. (Robert Kenner, 2008)
Dinner for Schmucks (Jay Roach, 2010)

jeudi 19 avril 2012

Shit French Expats Say

Chers tous,

Pour les Français installés à New York, si le premier réflexe après avoir trouvé un appartement est de prendre l’habitude de faire ses courses chez Trader Joe’s, le second est souvent de se tourner vers la communauté des expatriés from France… Seuls eux pourront partager votre joie profonde, justement, d’avoir découvert un supermarché qui vend, entre autres merveilles, des "Bistro Biscuits" aussi bons que des spéculoos authentiques, et du vin rouge "basique" (qu’en bonne Française je n’utiliserais jamais autrement qu’en cuisine, hum-hum), pour moins de deux dollars chacun ! Les chiffres ne sont pas précisément connus, même si le consulat a fait une enquête encore récemment, mais d’après mes estimations hautement imprécises, nous sommes un bon paquet de Frenchies ici ! J’entends ma langue natale parlée constamment dans la rue ou le métro et, immédiatement, je cherche à distinguer s’il s’agit de touristes ou de "vrais" New Yorkais (s’ils ont à la main des paquets venant de chez Abercrombie and Fitch ou, au contraire, un sac en toile venant de chez Strand, normalement je sais à quoi m’en tenir !)

De façon générale, depuis mon installation à New York j’ai une relation ambiguë avec mes concitoyens "Français de l’étranger" (c’est ainsi que nous sont adressés les emails de campagne des candidats à la présidentielle). Pendant des années, clairement, je les ai évités (d'ailleurs quand j’ai fini par les rencontrer activement, ils étaient un peu surpris de ma réponse quand ils me demandaient si j’étais nouvelle ici.) Encore une fois, j’insiste que ceci est une grossière généralisation, mais j’avoue que j’avais (j’ai ?) des préjugés majeurs envers les V.I.E (participants au programme Volontariat International en Entreprises). Ils sont très nombreux à New York, et très bien rémunérés dans le monde de la finance. Ils évoluent dans une bulle, du Lower East Side à Williamsburg, en passant par l'incontournable, et imbuvable, Meat Packing District. Je les mets au défi de connaître le sens du mot obnoxious, un qualificatif qui sied pourtant à certains d'entre eux aussi bien qu’un petit polo Ralph Lauren. Moi jalouse ? Oui peut-être ! A l’autre extrême, je me voyais difficilement faire plus ample connaissance avec la catégorie fourre-tout des "femmes d’expat", car ayant un (voir deux !) travail à temps-plein, je ne pouvais tout simplement pas assister aux rencontres qui étaient organisées pour la plupart en semaine, en plein milieu de la journée... "Femme d’expat" ça sonne plus moderne que "femme au foyer à New York"... Moi jalouse ? Oui peut-être ! : )  

In any case, par principe je ne voulais pas m’enfermer dans le "ghetto" français et j’étais, et je suis toujours, fière d’avoir cultivé un entourage américain qui m’est très proche. Je n’ai pas pour autant été en manque de "French touch" puisque j’avais des amis de passage ou installés pour plusieurs mois à New York. Mes amis français/européens et américains se côtoyaient. J’avais trouvé mon équilibre. Et puis du temps a passé, certains sont rentrés, certains m’ont quittée, et Skype ne remplaçait décidément pas les sorties parisiennes avec mes BFFs, que j’organisais à la chaîne dès que je rentrais en France…

Il était devenu grand temps de me ré-acclimater à ma propre culture ! Afin de rencontrer de nouvelles têtes, j'ai même dû réapprendre mes propres us et coutumes et, en premier lieu, retrouver le réflexe de faire la bise et non pas de serrer la main à des presque-inconnus (j’exagère à peine) ! Sans doute parce que j’étais enfin "prête à replonger", j’ai eu la bonne surprise de me sentir accueillie à bras ouverts par la constellation des associations françaises de New York (et de me faire des amis que je vois maintenant en dehors de ce cadre). Je vais donc profiter de cet article pour faire passer un <bref message à caractère informatif>... aux fraîchement débarqués de France, aux curieux, ou aux fans de ce blog qui rêvent secrètement de me rencontrer : ) Accueil NY, Apéro Blog NYC, NY French Geek, annual Oscar French party (blague à part), et encore beaucoup d'autres... maintenant vous savez où me trouver, et aussi pourquoi j’ai de moins en moins le temps d'écrire sur ce blog ! De plus, pour ne rater aucun événement francophile de la Grosse Pomme vous pouvez désormais consulter le nouvel  agenda en ligne du consulat : My France in New York. </fin du bref message à caractère informatif>.

L’avantage de se retrouver entre Français à l’étranger, même si les parcours et origines de chacun sont différents, c’est la connexion instantanée qui se crée. S’il est vrai que les Américains sont au premier abord extremely friendly, il est difficile de développer des amitiés solides avec eux. (Cela demande un d’esprit d’ouverture réciproque et un peu de patience !) Au contraire, les Français ont la réputation d’être froids envers les "petits nouveaux", mais de progressivement construire des amitiés profondes et durables. Les Frenchies de New York combinent « the best of both worlds ». Surtout, je dirais que les angoisses liées au déracinement sont particulièrement propices au rapprochement. Un peu comme lorsque l'on se met à parler à ses voisins de rame de métro uniquement parce que le train est en rade ! L’expérience commune (les sueurs froides qui se font sentir dès que l'on se frotte au système de santé américain !), et les référents culturels partagés (pour nous, et même avec son Oscar, Jean Dujardin sera toujours Loulou !), transcendent les critères habituels de regroupement : l'origine géographique, la profession, la situation familiale, le milieu social... (les cours de sociologie me manquent un peu, on dirait !)

Nous formons donc un groupe assez hétéroclite. Pourtant, depuis que je fréquente régulièrement la communauté des Français de New York, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer certaines réflexions/remarques/commentaires récurrents. Certains m'horripilent, certains me font rire, certains me désespèrent, certains me rassurent. Quoi qu'il en soit, j'y suis hyper-sensible... peut-être parce que je vis un choc culturel franco-américain permanent. Prenons par exemple une journée-type "à la Marion" : je commence par une conversation  avec la France sur Skype, ou survole les news people, le tout accompagné d'un café au lait et de bran flakes avant de partir travailler ; je passe la journée en open space américain ; je prends mon goûter fait-maison on the go ; je m’arrête à la NY Public Library pour consulter un ouvrage en français ; je me dispute avec ma coloc californienne ; je me fais un pot avec des amis ("pot" employé ici dans le sens strictement non-américain du terme !) ; j'envoie un texto à ma new yorkaise préférée pour planifier notre prochain brunch ; je lis un ELLE périmé depuis belle lurette, mais ce n'est pas grave ; dodo ; repeat. La liste pourrait être encore plus longue (mais pour ça, allez plutôt voir celle de Travellin' Girl), et ce n'est pas le but de cet article... 

...Le but de cet article est de mettre un coup de projecteur sur ces expressions typiques qui sortent constamment de la bouche des Français à New York. Vous avez sans doute entendu parler du phénomène internet récent des vidéos « Shit [insert category of people] say ». Pour vous rafraîchir la mémoire, s'il en est besoin, consultez l’original, Shit Girls Say, mais aussi, Shit New Yorkers Say que j'avais déjà mentionné dans un post précédent, Shit Hipsters Say, et pour la V.F, Ce que disent les Parisiens. Ainsi, à défaut d’avoir pris une camera, je prends ma plume pour un best of de « Shit French Expats Say » ! Bien sûr, je ne censure pas mes propres citations (je vous laisse les retrouver dans la liste ci-dessous )... Enjoy!

[Scène 1. Intérieur. Jour. Trois Françaises dans la queue d'un supermarché new yorkais quelconque, absorbées par leur conversation animée, elles ne remarquent pas les clients qui s’impatientent autour d'elles.]

-Française#1 : Comment ça d'habitude tu ne fais pas tes courses chez Trader Joe’s ? Tu te rends pas compte, le rapport qualité-prix est imbattable ! 
-Française#2 : Pour moi, c'est simple, si Trader Joe’s n’existait pas, je ne pourrais pas vivre aux États-Unis.
-Française#3 : Vraiment ? Moi, ce qui me manque le plus ici c'est la pâte feuilletée prête-à-cuire, c'est pratiquement impossible d'en trouver dans cette ville !
-Française#1 : Et bien, justement, ils en vendent chez Trader Joe’s !
-Française#2 : Enfin, seulement pour les fêtes.
-Française#1 : Quand même, leur rayon surgelé est presque aussi bien que chez Picard !
-Française#3 : Ah, si seulement ils pouvaient distribuer du Nestlé dessert.
-Française#2 : L’autre jour, ils avait du camembert Le Rustique. A seulement 5 dollars !
-Française#1 : Par contre, t’as déjà touché leur baguette, trop molle non ?...

[Scène 2. Extérieur. Tombée de la nuit. Un groupe de Français en quête d'un restaurant.]

-Français#1 : Ça vous dit un resto, j’ai trop envie d’un burger !
-Français#2 : J’en ai déjà mangé un à midi mais on peut trouver autre chose. Il y a un endroit que je voulais absolument essayer dans le West Village. Attends je sors ma liste...
-Français#3 : Attends, je me connecte à Yelp.
-Français#4 : Attends, je regarde s'il a déjà été sélectionné comme resto de la semaine par Time Out New York.
-Français#5 : Attends, je vérifie s'il en parlent sur Serious Eats.
-Français#6 : Attends, je check le menu et les prix sur Menupages.
-Français#7 : Merde, ils ne prennent pas les réservations !

[Fondu enchaîné. Quelques minutes plus tard. A l’intérieur du restaurant choisi.] 

-Français#1 : Comment ça ils n'ont pas de pain ? Et c’est quoi cette portion minuscule ? On se croirait en France !
-Français#2 : Garçon, vous pouvez retirer les glaçons de mon verre d’eau s’il vous plaît !
-Français#3 : Garçon, vous pouvez baisser la musique s’il vous plaît !
-Français#4 : Garçon, vous pouvez baisser la clim' s’il vous plaît !
-Français#5 : Garçon, vous pouvez baisser le volume de la conversation des Américaines à la table d’à côté s’il vous plaît !
-Français#6 : Garçon, vous pouvez attendre avant de débarrasser, j’ai pas fini mon assiette !
-Français#7 : Garçon, vous pouvez attendre avant d’apporter l'addition, on ne l'a pas encore demandée !
-Français#1 : Bon, le service était vraiment moyen, on leur laisse que 15% ?
-Français#6 : Tu plaisantes j’espère ?
-Français#1 : C'est bon toi, t'es trop généreuse, tu tip comme une Américaine...

[Scène 3. Extérieur. Jour. Trois Françaises stylées se promènent dans les rues de New York.]

-Française#1 : J'en peux plus des touristes français qui font leur shopping sur Broadway !
-Française#2 : Moi j’évite ce coin maintenant. En plus, Urban Outfitter et Banana Republic c’est plus ce que c’était.
-Française#1 : T’as vu ils ont ouvert un Abercrombie and Fitch à Paris.
-Française#3 : Ça me fait penser... il faut absolument qu'on aille voir ce que ça donne Maje et Sandro sur Bleeker Street !
-Française#1 : Carrément ! Et on se fait Woodbury ce weekend ? Il me faut des nouvelles Ugg.
-Française#3 : Les Ugg c’est trop confort !
-Française#2 : Les Ugg c’est trop immonde ! Vous ne voulez pas plutôt aller faire le marché de la mode vintage ?
-Française#3 : Oh my God! Oh my God! Oh my God!
-Française#1 et 2 : Quoi ???
-Française#3 : Je viens de réaliser... mon prochain voyage en France tombe pendant les soldes d’été à Paris !!!

[Scène 4. Intérieur. Nuit. Dans un bar, lors d'une soirée organisée par une association française. Un dialogue de sourds entre une Française et un couple marié récemment expatrié à New York.]

-Française#1 : Bienvenue ! Vous êtes nouveaux à New York ? Quand est-ce que vous êtes arrivés ? 
-Française#2 : Ça fait un moment déjà, depuis... Novembre. Et toi ?
-Française#1 : Moi aussi ça fait un moment... bientôt quatre ans !
-Français#3 : Vous habitez où ?
-Française#1 : On peut se tutoyer... Ah, tu veux dire, moi et mon mari ? Je ne suis pas mariée, je suis venue à New York toute seule, pour travailler. J'habite dans le East Village. Et vous ?
-Française#2 : 72 et Broadway.
-Française#1 : Donc vous êtes voisins avec [couple de Français], [autre couple de Français] et [autre couple de Français] !
-Français#3 : Tu as un J1, un L ?
-Française#1 : H1B. Et toi ?
-Français#3 : E2.
-Française#2 : Moi j'ai une autorisation de travail rattachée à son visa.
-Française#1 : Alors vous travaillez dans quoi ?
-Française#2 : Mon mari a été transféré par [banque française] pour trois ans. Moi je ne pense pas travailler, en local il n'y a pas assez de congés payés.
-Française#1 : [No comment.]
-Français#3 : Et toi, tu vas rester combien de temps ici ?
-Française #1 : Je ne sais pas !

[Scène 5. Intérieur. Nuit. Dîner entre amis.] 

-Française #1 : C'est sympa la déco chez vous !
-Française #2 : Oui, on a tout fait envoyer de France par la boîte... mais il y a des trucs qu'on ne peut pas utiliser à cause des prises électriques américaines. 
-Française #1 : C'est joli cette lampe !
-Française #2 : Oui, celle-là elle vient d'une brocante à Brooklyn.
-Française #1 : Wow, tu crains pas les bed bugs toi... Et vous avez même une chambre d'amis !
-Française #2 : Oui, enfin, entre nous, je commence à fatiguer de faire la guide touristique pour les gens de passage. C'est pas l’hôtel ici !
-Française #1 : Tu savais que c’est plus cher de voyager de New York vers Paris que l’inverse ?
-Française #2 : Oui apparemment. Le billet de notre prochain séjour en France nous a coûté une petite fortune. Mais j'ai trop hâte, je vais enfin pouvoir aller chez le coiffeur !
-Française #1 : Tu me mettras un ELLE de côté
-Française #2 : Sans faute. Avant je le recevais directement ici... pendant un temps la boîte faisait suivre notre courrier.
-Française #1 : Ça te manque pas ? J'adore New York Mag, mais le ELLE français c'est sacré pour moi !
-Française #2 : Je me suis habituée. Par contre, on ne rate jamais le Petit Journal en rediff' sur internet.
-Française #3 : Au fait les filles, vous auriez pas des films à me conseiller sur Netflix ? J'ai déjà fini tout Downton Abbey !
-Française #1 : Il y a cette comédie américaine pas mal au ciné en ce moment.
-Française #3 : Non je ne vais jamais au cinéma ici, sans les sous-titre en anglais ou en français, j'ai trop du mal à suivre. 
-Française #1 : Il faut que tu pratiques plus souvent !
-Française #3 : Je sais mais au boulot j'ai pas trop l'occasion et j'ai pas d'amis américains.
-Française #2 : Pareil pour moi.

[Scène 6. Intérieur. Jour. Salon de thé du West Village.]

-Française #1 : Les meufs, j'ai une grande nouvelle à vous annoncer !
-Française #2 : Vous allez pouvoir rester à New York six mois du plus, c'est ça ?
-Française #1 : Non, on rentre toujours l’année prochaine
-Française #2 : Tu as trouvé un travail, c'est ça
-Française #1 : Non, je suis enceinte !
-Française #3 : Moi aussi !
-Française #4 : Moi aussi !
-Française #5 : Moi aussi !   
-Française #2 : Félicitations, mais... ça ne vous fait pas trop flipper vous d'aller chez le gynéco ici ?

[Fin de l'Acte 1.] 

Amicalement et approximativement-chronologiquement dédicacé à E.+R., A.+F., E., M.+J., M.+P., E.+R., M., L., Z., A., C.+J., E., A. ...

Rétrospective "Shit French Expats Say":
The Conversation (Francis Ford Coppola, 1974)
Nine Months (Chris Columbus, 1995) 
Babel (Alejandro González Iñárritu, 2006)

samedi 30 avril 2011

How to spot a fake hipster


Chers tous, 

Last week I published a post on this blog (in French) describing my disillusions with "A", a former American classmate of mine that, at first, I thought was different and interesting, but who turned out to be what I’m going to call a “fake hipster”. I met "A" back when I was an exchange student coming from France (obviously!) to the East Coast, and back when I was still fairly easily impressionable… "A" had blond curly hair that would fly in the wind when he was riding his bike on the campus main walk; he wore flannel shirts and vintage Tees, and he constantly carried an Olga camera dangling around his neck. In the world of hipsters, perfect score! But as I got to know "A" better, and with the help of my anthropology-student-best-friend-with-a sharp-eye-for-judging-character, I realized that "A" was a total fake! I have now been living in New York for three years, including in the East Village, a.k.a hipsterville, and I am well-aware that coming up with a decisive definition of the concept of the hipster is almost mission impossible. And too make things even more complicated, there is a very fine line between a hipster and a fake hipster. But let me try to give you a few hints that should help with not being fooled by another "A" coming your way! 

1. The fake hipster lives in Williamsburg… once upon a time the neighborhood of hipsterdom, now a place where apartment buildings look edgy only because an interior decorator made them look that way, and where French tourists go when they want to feel cool.

The hipster lives in a neighborhood that is still gentrification-free and comparable to the Bushwick of 2009, the Williamsburg of 2000, the Bowery of 1993, the Tribeca of 1984, the Soho of 1976, the Greenwich Village of 1952…

2. The fake hipster is pale and thin, he wears ridiculous glasses and a curly mustache… basically he looks like an Urban Outfitters sales person from 2011.

The hipster is pale and thin, he wears ridiculous glasses and a curly mustache… basically he looks like an eccentric clock salesman from the 1911s*.

3. The fake hipster buys polyester clothes for hundreds of dollars in vintage stores thinking it’s a good deal.

The hipster owns a sewing machine and knows how to transform her Midwesterner* aunt’s tablecloths from the 1980s into summer dresses.

4. The fake hipster wears a beard because his girlfriend got him “Dude No. 1 Beard Oil” for Christmas (price tag: 65 dollars for 25 mml)

The hipster wears a beard because he doesn’t need to shave every day.

5. The fake hipster follows a gluten free diet, not because of her allergies, but because it will make her look like an anorexic without actually being one.

The hipster is a vegan because she genuinely cares about cruelty towards animals, and the ban on foie gras is her new crusade.

6. The fake hipster would rather spend a small fortune on an organic fair-trade triple shot soy latte from a fancy coffee place than step foot into a Starbucks café… until he finds himself on a trip abroad realizing that the only place in the whole country where he can get his soy latte is at Starbucks.

The hipster makes coffee at home, and drinks it from a mug his girlfriend made for him in pottery class.

7. The fake hipster spends 300 dollars for a night at the Ace Hotel and feels that he's living like a woodsman.

The hipster spends 300 dollars on camping equipment and supplies for a week and feels that he's living like a woodsman.

8. The fake hipster learned to speak Spanish as a kid with his nanny from Puerto Rico.

The hipster learned to speak Spanish as a college kid back-packing in Latin America with some friends.

9. The fake hipster idolizes Vanessa Paradis because she is a French “bobo” and she is married to Johnny Depp, the multi-billion dollar pirate.

The hipster didn’t know who Vanessa Paradis was until he saw her reenact the finale of Dirty Dancing in The Heartbreaker.

10. The fake hipster knows all about the bands performing at The Coachella Music Festival every year.

The hipster knows all about The Vieilles Charrues Music Festival, and dreams of going every year.

11. The fake hipster doesn’t vote because all politicians are corrupt. He is a fake anarchist and an aspiring socialite.

The hipster votes even though he knows most politicians are corrupt. He is a true activist and an aspiring socialist.

12. The fake hipster buys art.

The hipster makes art.

See the difference?

This list can go on, leave your suggestions in the comments section or on the Marion en V.O Facebook page!

*Copyright: BR
*Copyright: JL

Recommended readings:
Why the Hipster Must Die from Time Out New York
Look at This Fucking Hipster Basher from the author of The Hipster Handbook
What Was the Hipster? from New York Magazine

In French:
Anti-héros : les hipsters sur Tracks de Arte
Rétrospective How to spot a fake hipster?
Easy Rider (Dennis Hopper, 1969)
Reality Bites (Ben Stiller, 1994)
Fear and Loathing in Las Vegas (Terry Gilliam, 1998)
The Big Lebowski (Joel and Ethan Coen, 1998)
The Virgin Suicides (Sofia Coppola, 1999)
Almost Famous (Cameron Crowe, 2000)
Memento (Christopher Nolan, 2000)
Requiem for a Dream (Darren Aronofsky, 2000)
Bully (Larry Clark, 2001)
Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)
The Royal Tenenbaums (Wes Anderson, 2001)        
Punch-Drunk Love (Paul Thomas Anderson, 2002)
Before Sunset (Richard Linklater, 2004)
Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry, 2004)
Me and You and Everyone We Know (Miranda July, 2005)

dimanche 24 avril 2011

A Tale of the Hipster


Chers tous,

Si je vous dis "bobo", vous me répondez... Pansement? Wrong! La bonne réponse est bourgeois-bohème bien-sûr! Le bobo ultime pourrait être incarné par le Parisien de la rue de Charonne (enfin côté Bastille, faut pas déconner non plus!), celui qui n'a de réellement rebelle que la mèche de cheveu, et qui arbore une tenue déjà froissée-trouée avant même d'avoir été jamais portée, nonchalamment accessoirisée par une clope au bec et, surtout, un café Starbucks à la main, puisque, vu de la France, la destination bobo par excellence est New York, New York! Et, indeed, le bourgeois-bohème parisien a tellement profité de la belle époque où l'euro était beaucoup plus fort que le dollar, il a tellement traîné ses guêtres made in Comptoir des Cotonniers le long de Bleeker Street, Prince Street, Orchard Street et Bedford Avenue que ça devait finir par arriver... le bobo a réussi à s'inviter dans les pages du prestigieux New York Magazine, l'hebdo qui décrypte toutes les tendances politiques, économiques et culturelles de la grosse pomme !

NY Mag, pour les intimes, est devenu mon compagnon de route indispensable dans le métro, et remplace presque à merveille ELLE pour le fun, et Télérama pour le fond. Cette semaine, pour son édition "internationale" annuelle, on y trouve un portrait de la capitale française, version "Not For Tourists"... Un travail journalistique digne d'un instantané de Cartier-Bresson version 2011, qui m'a fait un plaisir fou parce qu'avec mes bientôt trois ans à New York, je suis au moins autant branchée sur ce qu'il se passe au cœur de Paris que les habitants du 16e: ) Et comme toujours, le magazine ne déçoit pas, tout y passe: Marine Le Pen, Martin Parr à la Goutte-d'or, Le Baron et... le bobo, donc, sous la forme d'un "illustrated guide"! Je tenais à souligner cet exploit parce que, même pour les sociologues français modernes, le bobo est un concept pratiquement indéfinissable, un paradoxe intrinsèque, puisqu'on peut difficilement associer deux entités plus opposables que le bourgeois et le bohème!

On rencontre le même problème de définition avec l’équivalent du bobo aux États-Unis, une créature urbaine typiquement new yorkaise, et plus particulièrement brooklynite: j'ai nommé le hipster. Un concept pourtant devenu ici tellement familier que le New York Times a demandé à ses journalistes d'en refréner l'usage dans leurs pages! Le hipster, tout comme le bobo, se démarque à première vue par ses choix vestimentaires ultra-stylés et androgynes, que l'on pourrait qualifier de "rétro-gardistes" (beaucoup de vintage) mais, à la différence de Paris, le hipster garçon ou fille est souvent couvert de tatouages (cela m'a absolument sauté aux yeux lors de mon arrivé New York à l'été caniculaire 2008)... Le hipster possède un tempérament d'artiste, ou tout au moins de créateur de tendances, et un comportement alternatif, sans être asocial. A la fin de mes années collège, avant même d'avoir mis les pieds à New York, et encore moins à Brooklyn, mon obsession pour Leonardo DiCaprio et les surfeurs a commencé à s'estomper, et j'ai développé un faible pour Jared Leto et "tous ces Américains qui ont l'air cool" (le terme "hipster" n'avait pas encore envahi le langage courant à l’époque). Je lisais déjà les récits trash d'Hubert Selby Jr. (l'auteur de Requiem for a Dream), et j’étais fan absolue du premier film de Sofia Coppola, Virgin Suicides. A chacun sa crise d'ado n'est-ce pas!

C'est pourquoi quand je suis arrivée pour de bon sur la côte Est des États-Unis pour faire une année d’échange universitaire, j'ai eu du mal à trouver mes marques parmi les Américains cliché-esque que je côtoyais sur le campus, car ils ne ressemblaient pas du tout à Jordan Catalano! Carrure de footballer (à ne pas confondre avec la taille fine du joueur de "soccer"), fringues informes aux couleurs de l'école, et tongs en plastique même par temps de pluie, étaient de rigueur. Alors, sans surprise, les étudiants qui m'ont immédiatement tapé dans l’œil étaient les plus "hipster" d'apparence. Chez les filles, il y avait la célèbre J. du cours d'histoire d'art moderne, l’étudiante aux mille chapeaux et au sac de gym en nylon qu'elle utilisait comme cartable bien avant qu'American Appareil ne lance la mode. Chez les garçons, je guettais ceux qui arboraient sur la promenade principale du campus un signe certain de hipsterism aigu: le pantalon retroussé sur un mollet (mais attention, un seul mollet!)... tous ceux qui possèdent un vélo en ville savent de quoi je parle! Bien sûr, tout cela ne constituait que des indices superficiels, et après la phase d'observation, il était temps pour moi de passer à l'action!

J'ai rapidement jeté mon dévolu sur A., un petit Californien aux boucles d'or qui trimbalait constamment son appareil photo Olga en bandoulière. Nous n'avions aucun cours ou amis en commun, mais je comptais au max sur ma French touch pour lui laisser une impression mémorable lors de notre première rencontre au labo photo. Pari réussi sans trop de difficulté, sachant par exemple qu'il me suffisait de ne pas m'habiller en pyjama et veste polaire en public, comme la plupart des autres étudiantes, pour passer pour une fashionista locale! Le campus était un tout petit monde et j'ai vite appris à tomber "par hasard" sur A. à la sortie de son cours de philo, à la section audiovisuelle de la bibliothèque, ou encore à la terrasse d’Au Bon Pain café…

A chaque fois, mon hipster avait l'air ravi de me voir et mon côté fleur bleue interprétait dans ses attentions des signes qui ne trompaient pas: il m’embrassait sur les joues plutôt que de me faire un hug basique à l’Américaine, il me recommandait tel ou tel prof pour le deuxième semestre, il me proposait même d’emprunter un de ses appareil reflex qu’il n’utilisait plus pour mes travaux du cours photo… Mais je commençais à m'impatienter et,  pour accélérer un peu le processus, je décidais de tenter une approche oh-so-hipster : j’acceptais l’offre de prêt d’appareil photo de A. en coinçant un petit message écrit de ma plus belle plume sur son vélo. En conséquence, j’obtenais son numéro de téléphone et décidais de lui proposer de se joindre à mes amis des quatre coins du monde lors de  l’une de nos prochaines virées de groupe. Je donnais à A. l’embarras du choix : soirée en boite downtown  le jeudi ; soirée tranquille dans le seul bar du campus interdit aux moins de 21 ans le vendredi ; pre-game chez Pablo l’Espagnol puis fraternity party chez Pablo le Colombien le samedi ; ou brunch le dimanche (clairement, j’ai atteint mon pic en terme de sorties nocturnes lors de mon année à l’étranger !) A. était toujours aussi aimable avec moi mais ne s’est jamais joint à nous...

Entre temps, j’avais rencontré celle qui allait devenir pour les années à venir ma meilleure amie américaine, une étudiante qui détonnait sur le campus sans pour autant partager de points communs avec le groupe des hipsters, si ce n’était un intérêt pour le yoga bikram ! Contrairement à A.,  elle s’était intégrée avec enthousiasme dans la bande des étudiants étrangers. Et, particularité tout à son honneur dans une Université dominée par une école de commerce et une école de médecine, elle s’était spécialisée dans un domaine qui allait se révéler fort utile pour moi : l’anthropologie. En effet, elle était devenue très perceptive et, comme on dit en Anglais, she could read people very well… Lorsque nous étions assez proches pour que je lui fasse part de mes frustrations avec A., je lui expliquais que je ne comprenais pas pourquoi il ne semblait pas désireux de mieux me connaitre ou de rencontrer mes amis. Elle ne prit pas de gants pour m’annoncer qu’elle le trouvait "obnoxious" (prétentieux). Surprise par ce commentaire, je lui répondis que j’avais interprété son détachement général comme un aspect zen de sa personnalité "hipster". Aussitôt, elle me délivra le coup de grâce : « Marion, can’t you see ? He’s not a real hipster ! » Elle continua son explication (je traduis) : « Il vient d’une famille très riche, se donne plus de mal que nécessaire pour se détacher de la masse des étudiants qui sont pourtant issus du même milieu privilégié que lui, il se croit supérieur aux autres… c’est un faux hipster ! » Un faux hipster ? Mais c’est bien sûr !

Soudain je me demandais comment j’avais pu avoir un faible pour A. tout ce temps ! Je réalisais que son aura de coolitude était savamment travaillée à coup de chemises en flanelle à la Kurt Cobain, le désespoir en moins et le prix exorbitant en plus ; et que, s’il faisait du vélo, ce n’était sans doute pas pour préserver l’environnement mais plutôt pour ne pas avoir à dire bonjour aux moutons qui se rendaient en cours à pieds, comme tout le monde. Ma dernière rencontre avec A. acheva de me convaincre que mon amie avait vu clair dans son jeu. Nous étions sur le point de finir l’année scolaire et, peut-être parce que c’était désormais moi qui l’ignorais (ce qui avait dû froisser un tantinet son ego), A. m'interrogea sur mes projets futurs d’un air presque sincèrement intéressé. J’évoquais alors mon envie de continuer à étudier l’histoire du cinéma américain et mon projet professionnel fraîchement défini de travailler dans une institution culturelle. A. semblait perplexe. Après quelques instants de silence, il me demanda le plus sérieusement du monde « Mais Marion, vraiment, qu’est-ce que tu veux faire dans la vie ? »… Je n'aurais pas dû être surprise et juste m'éclipser à ce moment-là, mais j'étais curieuse de savoir ce que A. lui allait faire de sa vie après la fin de ses études. Il commença à me parler d'une retraite dans le Colorado pour être plus proche de la nature et de continuer à faire des photos, bla, bla bla. Peut-être qu’A., était sincère. Ou peut-être qu’A. venait de lire Into the Wild. Laissons-lui le bénéfice du doute…

Quelques mois plus tard, je déménageais à New York, la capitale de la planète hipster par excellence, bien décidée à ne pas me faire avoir une deuxième fois…

Dans un article à venir très prochainement sur ce blog, je vous ferai part de mes astuces pour distinguer le vrai hipster… du faux ! (Et en bonus, ma traditionnelle liste de films liés au sujet)